Maria Laach et sa somptueuse bibliothèque jésuite
Une halte pour voir un volcan
Il y a quelques semaines, nous sommes allés à Amsterdam où j’ai pu partir brièvement sur les traces de Pa Salt. J’avais fait d’une pierre deux coups puisque, à l’origine, j’y étais surtout pour assister au concert de Harry Styles dans le cadre de la Together Together Tour. Pour le week-end de la Pentecôte, je craignais cependant de gros embouteillages du côté allemand et j’ai proposé à monsieur Kiwi de faire une pause à Maria Laach. À ce moment-là, je ne savais absolument rien de sa bibliothèque. Ce qui m’intriguait, c’était le lac. Le Laacher See est en effet un lac de cratère, formé par un volcan toujours actif. Oui, actif ! De petites bulles remontent encore à la surface, signe que la chambre magmatique située sous le lac continue de dégazer. J’étais fascinée par l’idée de pouvoir observer un tel phénomène naturel à moins de 3h de chez moi.

Une abbaye qui cache bien son jeu
C’est en préparant ce petit détour, deux jours avant notre départ, que j’ai commencé à me renseigner davantage sur Maria Laach. Puisque nous avions réservé une chambre dans l’hôtel adjacent, je me suis dit qu’il serait dommage de ne pas visiter l’église. J’ai alors découvert qu’il s’agissait en réalité d’une abbaye bénédictine fondée au XIe siècle. Le site est immense et regroupe aujourd’hui un hôtel, une maison d’hôtes, une librairie, plusieurs boutiques d’artisanat ainsi qu’un magasin proposant des créations réalisées sur place. Autant dire que j’aurais pu repartir avec la moitié de la boutique pour la fête des mères. Et puis j’ai aperçu une catégorie qui a immédiatement attiré mon attention : « bibliothèque ». Évidemment, j’ai cliqué, et je suis tombée dans un terrier de lapin dont je ne suis toujours pas vraiment sortie.

L’histoire fascinante de la bibliothèque jésuite
J’ai ainsi appris que les jésuites s’étaient installés à Maria Laach en 1862 et avaient créé ce qui est aujourd’hui appelé la bibliothèque jésuite. Leur présence fut pourtant brève puisqu’ils furent expulsés du Reich une dizaine d’années plus tard. Lorsque les bénédictins arrivèrent en 1892, ils découvrirent une bibliothèque vide. Cela ne dura heureusement pas longtemps. Les collections se sont enrichies progressivement au fil des décennies et, en 2013, une nouvelle bibliothèque moderne fut construite sur le site afin d’accueillir les ouvrages les plus précieux. Au total, les bibliothèques de Maria Laach rassemblent aujourd’hui environ 260 000 documents. Je me suis alors empressée de réserver une visite guidée. Malgré un petit couac à notre arrivée, l’équipe sur place s’est montrée adorable et particulièrement compréhensive. Quelques minutes plus tard, je découvrais enfin ce lieu qui me faisait rêver depuis plusieurs jours.

Une visite qui dépasse toutes les attentes
Je crois que j’ai passé la visite avec les yeux écarquillés du début à la fin. Notre guide était un véritable érudit, capable de répondre à toutes les questions et visiblement heureux de partager sa passion. Les rayonnages s’élèvent sur plusieurs niveaux, reliés par d’élégants escaliers en colimaçon. La lumière descend d’une verrière et illumine le bois ancien ainsi que les milliers d’ouvrages qui tapissent les murs. Normalement, les visiteurs n’ont pas accès aux escaliers afin de préserver les lieux. Pourtant, deux très jeunes touristes particulièrement curieux ont eu droit à une petite exception. Aujourd’hui, environ 60 000 ouvrages sont encore conservés dans cette bibliothèque historique. Beaucoup sont des doublons ou des éditions qui intéressent peu les chercheurs. La bibliothèque joue donc surtout un rôle patrimonial et touristique, ce qui permet de financer une partie importante des activités du monastère.

Une abbaye autonome qui m’a impressionnée
L’un des aspects qui m’a le plus surprise concerne le fonctionnement économique de Maria Laach. En Allemagne, les citoyens affiliés à une confession religieuse paient la Kirchensteuer, une taxe d’Église prélevée avec les impôts. Pourtant, les bénédictins de Maria Laach n’en perçoivent aucune partie. L’abbaye dépend directement d’une congrégation et ne fait pas partie d’un diocèse de l’Église catholique allemande. Elle doit donc assurer seule son financement. En réalité, cela correspond parfaitement à la devise bénédictine : Ora et labora, « prie et travaille ». Hôtels, boutiques, artisanat, visites guidées et éditions permettent au lieu de vivre de manière autonome. J’ai été très impressionnée par cette organisation, mais aussi par l’atmosphère générale qui règne sur le site. Je m’étais arrêtée pour voir un volcan et je suis repartie avec des photos d’une bibliothèque incroyable, une meilleure compréhension du monachisme allemand et une seule envie : revenir !

