Zhaodi à Wissemborg

Résumé

Chine, 2015.

Deux âmes perdues, un père et sa fille, se retrouvent après des années d’absence pour un décès. Celui de la Mère. Celui qui rouvre les plaies d’un passé que tous deux auraient préféré oublier…

Zhaodi, une immersion fascinante dans la Chine de 2015

J’avais beaucoup aimé Sorcière de chair de Sarah Buschmann, et j’étais donc ravie de retrouver sa plume dans ce roman écrit à quatre mains avec Morgane Stankiewiez. Dès le prologue, j’ai retrouvé cette écriture immersive, incisive et particulièrement visuelle qui m’avait tant séduite. Pourtant, malgré un début très prometteur, je ressors de cette lecture avec un sentiment assez mitigé.

Mais il faut dire que l’histoire commençait bien ! L’un des grands points forts de Zhaodi, c’est sa contextualisation. J’ai adoré découvrir la Chine à travers cette histoire, notamment les conséquences de la politique de l’enfant unique sur les familles et la place accordée aux filles dans la société. Cette dimension m’a passionnée, d’autant que les autrices parviennent à rendre la Chine de 2015 très vivante. J’avais vraiment l’impression d’y être !

L’enquête est également bien menée. Elle est dynamique, intrigante et explore avec efficacité les aspects les plus sombres de la nature humaine. Les révélations s’enchaînent et je n’ai jamais eu l’impression que l’intrigue stagnait. C’est d’ailleurs ce qui m’a donné envie de poursuivre ma lecture malgré mes réserves grandissantes.

"L'enfer est plus doux, quand il a une durée déterminée..."

Une écriture à quatre mains qui ne m’a pas toujours convaincue

En revanche, j’ai eu beaucoup plus de difficultés avec l’écriture à quatre mains. Pendant une bonne partie du roman, j’ai clairement ressenti la différence entre les deux plumes, au point d’avoir parfois l’impression d’alterner deux romans plutôt que deux points de vue.

J’ai largement préféré les chapitres consacrés à Cheng. L’écriture y est plus concise, plus psychologique, et elle parvient à transmettre énormément de choses en quelques phrases. À l’inverse, j’ai trouvé les passages consacrés à Zhaodi beaucoup plus longs et particulièrement axés sur le corps et la sexualité. Cela dit, les deux écritures deviennent plus difficiles à distinguer dans la dernière partie du roman, ce que j’ai apprécié.

Et c’est justement cette place accordée à la sexualité qui m’a le plus dérangée. Je n’ai aucun problème avec les romans sombres, le gore ou les sujets difficiles, bien au contraire ! Mais certaines scènes sexuelles m’ont semblé inutilement détaillées, tandis que l’hypersexualisation du personnage féminin finit par devenir pesante.

Je comprends les intentions narratives et la volonté d’explorer les traumatismes à travers le rapport au corps. Seulement, à force d’insister sur cet aspect, j’ai eu l’impression que le roman en faisait trop. J’ai tout simplement trouvé ça too much, au point de me détacher progressivement de certains passages qui auraient pourtant pu me toucher davantage.

La couverture de l'édition d'origine de Zhaodi chez Noir d'Absinthe
La couverture d'origine chez Noir d'Absinthe

Des personnages difficiles à aimer malgré une enquête prenante

J’ai également eu du mal à m’attacher aux personnages. Au départ, j’éprouvais une certaine compassion pour Zhaodi et son père, dont la relation compliquée m’intéressait énormément. J’avais notamment envie de découvrir comment cette relation allait évoluer au fil du récit.

Mais progressivement, Zhaodi m’a laissée assez indifférente, tandis que les comportements de Cheng ont fini par m’agacer. J’avoue avoir de plus en plus de mal avec ces personnages masculins alcooliques qui accumulent les décisions catastrophiques (coucou Contre toute attente). Et malheureusement, celui-ci n’a pas fait exception !

Finalement, Zhaodi est un roman auquel je reconnais de vraies qualités. L’enquête est prenante, la contextualisation historique et sociale est excellente, et les autrices n’hésitent pas à explorer les facettes les plus dérangeantes de l’humanité. J’ai également apprécié la manière dont leurs deux écritures finissent par mieux s’accorder au fil du récit.

Cependant, j’ai trouvé que le traitement de certains thèmes était trop insistant, au point de gâcher une partie de mon plaisir de lecture. À cela s’ajoute mon manque d’attachement aux personnages, qui m’a empêchée de ressentir pleinement les émotions que leur histoire aurait pu provoquer.

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