Entre deux mondes, encore un roman de Norek sacré coup de coeur
Résumé
Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l’attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir.
Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu’il découvre, en revanche, c’est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n’ose mettre les pieds.
Un assassin va profiter de cette situation.
Dès le premier crime, Adam décide d’intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est flic, et que face à l’espoir qui s’amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou.
Un entre deux mondes qui rend humble
Après un refus de candidature sur un poste pour lequel on venait me chercher depuis des mois, j’étais vraiment dépitée. J’avais besoin de couper avec les romances, les lectures réconfortantes et la littérature contemporaine douce. Il me fallait quelque chose de brut. Un roman à lire en écoutant Bring Me The Horizon. La réponse était évidente : Olivier Norek. Impossible de me tromper avec lui. Ce n’est d’ailleurs pas Juliette du compte Juliette Loves Books, qui me l’a fait découvrir, qui dirait le contraire. Celui-ci, je l’ai acheté au Festival Sans Nom 2025 et Olivier Norek lui-même m’avait conseillé de le lire au printemps. J’ai donc suivi son conseil.
Et honnêtement, je ne m’attendais pas du tout à ce que j’allais lire. La quatrième de couverture de l’édition Pocket évoque “un endroit où l’on peut tuer sans conséquences”, ce qui m’avait immédiatement orientée vers un thriller classique avec tueur en série. Sauf qu’Entre deux mondes nous emmène dans une réalité bien plus brutale : le camp de réfugiés de Calais.
"Mais partout dans le monde, quel que soit le niveau de pauvreté ou de détresse, tu trouveras toujours un homme sans cœur pour tenter d'en profiter."
Une plongée bouleversante dans le camp de Calais
Avec Adam et Bastien, Olivier Norek construit une intrigue profondément humaine au cœur du plus grand bidonville d’Europe. Adam tente de survivre tandis que Bastien, policier fraîchement arrivé à Calais, découvre avec horreur la réalité du terrain. Ce que j’ai aimé dans Entre deux mondes, c’est que le roman ne minimise absolument rien. Olivier Norek montre la violence du quotidien, la peur, la misère et la déshumanisation permanente sans jamais tomber dans le sensationnalisme. La première partie, centrée sur la fuite des migrants, réhumanise complètement des personnes que les médias présentent souvent de manière abstraite, voire caricaturale.
Le regard de Bastien permet aussi au lectorat de comprendre progressivement l’ampleur du chaos. Lui-même semble abasourdi par ce qu’il découvre sur place. Norek nuance énormément son propos. Il ne cherche pas à présenter des héros parfaits ou des monstres absolus. Les migrants, les policiers, les bénévoles : tout le monde est profondément humain et profondément abîmé à la fois.
Un roman puissant et impossible à lâcher
J’ai littéralement dévoré Entre deux mondes. Impossible de m’arrêter. Je l’ai terminé au milieu de la nuit alors que je travaillais le lendemain, mais franchement, cela me semblait être un problème de luxe tant j’étais happée par le récit. La construction du roman est redoutablement efficace. Olivier Norek nous donne l’impression de comprendre ce qu’il se passe tout en nous laissant constamment dans l’incertitude. Mon cœur s’est brisé plusieurs fois au fil des pages et pourtant je continuais encore et encore, incapable de quitter Adam et Bastien.
Lorsque j’ai refermé le livre, je me suis sentie à la fois vide et profondément touchée. Pleine d’affection pour les personnages, pleine d’empathie aussi pour toutes ces trajectoires d’exil. Et forcément, cette lecture m’a particulièrement parlé puisque, comme Olivier Norek, mes ancêtres étaient silésiens. Je suis arrière-petite-fille de migrants et nous oublions parfois trop facilement que l’Europe aussi a connu les départs forcés, les fuites et les exils.
Le projet RDA me le rappelle souvent également : jusqu’en 1989, des Allemands risquaient leur vie pour quitter leur pays et rejoindre l’autre côté du mur. Entre deux mondes rappelle avec beaucoup de force que ces réalités humaines n’ont jamais réellement disparu.
Du même auteur :
Mes autres avis sur les romans d’Olivier Norek :
- Surface – dans ma PAL
- La tétralogie 93 – Victor Coste :
- Code 93
- Territoires
- Surtension
- Dans les brumes de Capelans – dans ma PAL
