Ceux qui nous sauvent de Jenna Blum, lu en août 2014
Résumé
Anna Schlemmer a toujours refusé d’évoquer sa vie en Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale. Trudy, sa fille, n’avait que trois ans lorsqu’un soldat américain les emmena avec lui dans le Minnesota, et n’a donc que peu de souvenirs de cette époque. Mais elle trouve, parmi les photos de famille, un cliché la montrant avec sa mère aux côtés d’un officier nazi.
Cet homme était-il l’amant d’Anna? Est-il son père biologique ? Devenue professeur d’histoire allemande, Trudy veut connaître la vérité et, dans le cadre de ses travaux universitaires, elle recueille les témoignages d’Allemands de Minneapolis qui ont vécu la guerre, tentant ainsi désespérément de faire la lumière sur le passé de sa mère…
Une histoire qui pose une question particulièrement difficile
J’ai lu Ceux qui nous sauvent en août 2014 et, plus de dix ans après, je me souviens encore à quel point ce roman m’avait dérangée. On alterne entre deux histoires. Celle de Trudy, une femme d’une cinquantaine d’années qui cherche désespérément à faire parler sa mère. Est-elle la fille d’un SS ? Sa mère se mure dans un silence absolu à ce sujet. Le passé est mort. Le passé est mort et c’est mieux ainsi.
En parallèle, nous suivons justement l’histoire d’Anna durant la Seconde Guerre mondiale. Comment est-elle devenue la maîtresse d’un officier nazi ? Dans tous les cas, elle y a laissé son cœur et sa conscience.
Le roman est perturbant parce qu’il nous oblige constamment à nous remettre en question. Qu’aurions-nous fait à sa place ? Certaines mères sont capables de tout pour leur enfant. Mais, à un moment, il faut aussi se protéger soi-même. J’ai souvent hésité, me demandant si je comprenais ou non le mutisme d’Anna face à sa fille. Il aurait pu être si “facile” de parler de son passé, de délivrer enfin Trudy et de se délivrer elle-même. Mais à quel prix ? Faire revivre ses souvenirs, c’est faire revivre tout ce dont on se rappelle. Le bon comme le mauvais.
"Il appartient au passé, à un autre lieu, une autre époque, et tout cela est mort. Tu comprends ? Le passé est mort, et c’est bien mieux ainsi."
Une Allemagne dont la réalité reste difficile à regarder
L’aspect historique de Ceux qui nous sauvent m’avait énormément choquée à l’époque et certains passages restent particulièrement difficiles. Les mots utilisés pour décrire ce que les nazis faisaient subir aux Juifs sont durs à lire. Mais c’était la réalité et il faut aussi être capable de la regarder en face pour se souvenir. Se souvenir pourquoi ? Pour ne pas laisser les hommes perpétrer les mêmes horreurs à nouveau.
L’homme qui fréquente Anna parle notamment de ses crimes avec une désinvolture horrifiante. Je me suis demandé de nombreuses fois si la propagande pouvait être suffisamment puissante pour modifier à ce point le comportement d’une personne. Pourtant, je crois surtout qu’elle a atteint ceux que cela arrangeait bien. Les autres n’avaient rien à dire et devaient souffrir en silence. Il faut déjà être capable d’une certaine cruauté pour tuer des êtres humains dans le seul but de gravir les échelons d’une telle société.
Mais trêve d’avis personnels sur le déroulement de l’Histoire. Une question revenait sans cesse pendant ma lecture, sournoise et constante : qu’aurais-je fait pour sauver mon enfant ?
Un roman historique particulièrement éprouvant
Jenna Blum ne nous épargne rien. Il y a des sentiments de bonheur et d’amour, notamment puisque Trudy est adulte lorsqu’elle commence ses recherches. Mais il y a aussi énormément de tristesse et une horreur parfois absolue. La mort suinte partout dans ce livre et les violences sexuelles y sont régulières. Pourtant, on a presque besoin de lire ces passages pour comprendre. Peut-on seulement réellement comprendre lorsqu’on ne l’a pas vécu ? Je ne le crois pas.
Sous sa belle couverture et ses chouettes apparences, ce livre n’a rien d’un roman historique romantique. L’amour est présent, mais on se rend rapidement compte qu’il ne suffit plus à réparer une personne lorsque toute une vie a été détruite intérieurement.
Je réserverais donc Ceux qui nous sauvent aux âmes les plus robustes. Ce n’est pas un thriller dont on peut refermer les pages en se disant que tout cela n’arrivera jamais. Ce roman s’appuie sur une réalité historique que l’on ressent tout au long de la lecture. C’est sûrement pour cela qu’il m’avait fallu une semaine pour le terminer. Les mots sont durs parce que la réalité qu’ils racontent l’est aussi.
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