Avec elle Solène Bakowski
Résumé
Il était une fois une famille heureuse et unie.
Des jumelles de six ans qui se ressemblaient comme deux gouttes d’eau.
Des enfants fusionnelles qui grandissaient ensemble et s’adoraient.
Avant de se jalouser et s’empoisonner.
Il était une fois deux fillettes inséparables.
Pour le meilleur, ou pour le pire ?
Il était une fois une histoire qui n’a rien d’un conte de fées.
Un projet littéraire qui me fascine toujours autant
Je reprends rapidement ce que j’expliquais déjà dans ma chronique de Sans elle pour celles et ceux qui ne l’auraient pas lue. L’idée de ce projet est aussi simple que brillante. Solène Bakowski et Amélie Antoine partagent les mêmes personnages et le même point de départ. Pourtant, tout bascule selon un détail minuscule. Dans Sans elle, Jessica lâche la main de sa mère et disparaît à jamais. Dans Avec elle, elle rentre à la maison avec sa sœur jumelle Coline et la vie suit son cours. Enfin… un certain cours.
Je trouve cette idée complètement folle. Est-ce qu’un événement aussi anodin peut réellement modifier toute une existence ? Est-ce qu’un simple instant peut changer le destin d’une famille entière ? En ouvrant Avec elle, j’étais surtout curieuse de découvrir la plume de Solène Bakowski. Contrairement à Amélie Antoine, je ne l’avais encore jamais lue. Les premières pages m’ont un peu surprise. Les phrases sont parfois longues, la ponctuation plus discrète que ce à quoi je suis habituée. Puis je me suis rendu compte que ce choix de style participait à l’ambiance du roman. Il accompagne les hésitations des personnages, leur manque de confiance et leurs non-dits.
« Pourquoi le malheur s’imprime-t-il davantage que les instants de félicité ? Pourquoi ne garde-t-on que ce qui fait mal ? »
Jessica, Coline et les blessures invisibles
J’ai trouvé passionnant d’observer l’évolution psychologique des personnages dans cette réalité alternative. Je me doutais bien que tout ne serait pas rose ici non plus. Pourtant, j’ai eu beaucoup plus de mal à éprouver de la compassion pour les parents que dans Sans elle. Il y a toujours des regrets, des reproches, des secrets et des déceptions. Après tout, ils font partie intégrante de la vie de chacun. Mais jusqu’où peuvent-ils aller ?
L’autrice met particulièrement l’accent sur la manière dont les enfants perçoivent leur environnement. Ils entendent des phrases qui nous semblent anodines, observent des attitudes que nous ne remarquons plus et en tirent des conclusions qui les construisent durablement. Tout aurait été différent si Jessica n’avait pas entendu certaines paroles après ce feu d’artifice. Tout aurait changé si elle avait dit la vérité, si Coline s’était rebellée ou si les adultes avaient été plus attentifs.
Le favoritisme familial est d’ailleurs l’un des thèmes qui m’a le plus touchée. Je peux comprendre qu’un enfant disparu soit idéalisé avec le temps, aussi douloureux que cela soit. En revanche, voir deux enfants grandir côte à côte avec la certitude que l’un est préféré à l’autre me bouleverse énormément. Je connais trop bien cette réalité pour y rester insensible et Solène Bakowski en montre ici les ravages avec beaucoup de justesse.
Peut-on vraiment devenir quelqu’un d’autre ?
Ce qui m’a le plus intriguée dans ce projet, c’est finalement le travail accompli par les deux autrices sur leurs personnages. Elles ont construit deux histoires différentes, mais elles ont aussi réfléchi à ce qui fait l’identité profonde d’une personne. Nous avons souvent tendance à penser que notre vie aurait pu être totalement différente si tel événement ne s’était pas produit. Pourtant, est-ce vraiment le cas ?
Dans Avec elle, Jessica est la lumière tandis que Coline semble vivre davantage dans son ombre. Dans Sans elle, Coline reste malgré tout une ombre, cette fois parce que sa sœur a disparu et que son absence occupe tout l’espace. J’ai trouvé cette continuité fascinante.
En refermant le livre, je me suis même surprise à imaginer d’autres variations. Que se serait-il passé si Coline avait disparu ? Jessica serait-elle restée aussi lumineuse ? Et si c’était elle qui avait fait tomber le fameux flacon ? J’ai adoré le petit clin d’œil que Solène Bakowski glisse à ce sujet. Finalement, on pourrait réécrire cette histoire des milliers de fois sans jamais l’épuiser.
Et puis il y a cette fin. OMG, cette fin ! Honnêtement, je vous conseille de lire Avec elle et Sans elle ensemble. Pris séparément, ils sont déjà très bons. Réunis, ils forment un puzzle fascinant sur le destin, les choix et les liens familiaux. Découvrir Solène Bakowski à travers ce projet a été un vrai plaisir et j’ai désormais très envie de découvrir ses romans en solo.
La saga Avec elle / Sans elle
Mes avis sur les romans de la duologie :
- Avec elle de Solène Bakowski
- Sans elle d’Amélie Antoine
