Nina
Résumé
Nina Klein a dix-huit ans quand sa mère disparaît au retour d’une nuit de garde à l’hôpital. Lorsque son corps est retrouvé, l’enquête conclut à un suicide malgré de nombreuses zones d’ombre.
Nina ne peut y croire. Elle n’aura désormais qu’un seul objectif : faire la lumière sur la mort de Rose. Mais elle ne dispose que de dix ans pour obtenir la réouverture du dossier.
Contre toute attente, ce drame agit comme un catalyseur et la révèle à elle-même. Avec une détermination qui surprend ses proches, elle s’inscrit en droit afin de devenir avocate. Une course s’engage durant laquelle la jeune femme va reprendre pas à pas l’intégralité de l’enquête.
Mais la vérité ne risque-t-elle pas de tout faire vaciller, y compris Nina ?
Une héroïne avec laquelle je n’ai jamais réussi à créer de lien
Bon. J’ai un problème : j’ai détesté Nina. Le personnage, je veux dire. Et forcément, quand on porte le prénom de l’héroïne sur la couverture, ça devient assez compliqué de passer outre.
Pourtant, je comprends parfaitement ce qui peut la rendre attachante aux yeux d’autres lecteurs. Son parcours est difficile, sa détermination impressionnante et elle connaît une évolution considérable au fil des années. Simplement, je n’ai jamais réussi à créer de lien émotionnel avec elle.
Pire, plus les personnages qui l’entouraient soulignaient ses qualités, sa beauté, son courage ou son mérite, plus je prenais mes distances. J’ai parfois eu l’impression que le roman cherchait tellement à me convaincre de l’aimer qu’il obtenait chez moi l’effet exactement inverse.
Et c’est probablement là que mon expérience divergera énormément de celle de lecteurs qui ont adoré Nina. Si l’on s’attache à elle, tout son parcours peut devenir extrêmement émouvant. Si, comme moi, on reste à distance du personnage, les nombreuses scènes consacrées à sa reconstruction, à ses relations et à son évolution paraissent forcément beaucoup plus longues.
C’est d’autant plus dommage que, prise indépendamment de l’aspect policier, son histoire avait tout pour m’intéresser. En tant que roman contemporain consacré au deuil, à la reconstruction et à la manière dont un événement peut bouleverser durablement une existence, je pense même que j’aurais pu recevoir ce récit très différemment.
"On ne peut pas vivre en occultant certains souvenirs avec l’espoir qu’ils s’effaceront à coups de calmants."
Un polar trop hybride pour mes goûts de lectrice
Mais Nina se situe aussi à la frontière de plusieurs genres, et je crois que cette hybridation n’était tout simplement pas faite pour moi. J’aime les polars assez classiques, avec une enquête qui occupe véritablement le premier plan, comme j’aime les thrillers beaucoup plus sombres qui assument pleinement leurs excès.
En revanche, j’ai davantage de difficultés avec les romans qui utilisent une enquête comme fil rouge tout en accordant une place importante au parcours personnel de leurs personnages. Ce n’est évidemment pas un défaut en soi : c’est une préférence de lectrice, que cette lecture m’a d’ailleurs permis de confirmer.
Car dès que l’enquête prend réellement de l’ampleur, quelque chose a changé complètement dans ma lecture. J’ai retrouvé de l’intérêt, j’ai voulu comprendre, j’ai cherché les indices et certaines révélations ont réellement réussi à me surprendre. La construction de l’intrigue réserve de bonnes idées. Ainsi, la dernière partie est, de très loin, celle que j’ai lue avec le plus d’entrain. J’aurais simplement aimé retrouver cette dynamique beaucoup plus tôt.
J’ai également eu du mal avec le rythme général. Naëlle Charles reconnaît elle-même avec beaucoup d’autodérision, dans ses remerciements, avoir du mal à faire court. Et je crois que c’est précisément là que nos sensibilités de lectrice et d’autrice se sont le moins rencontrées.
Une déception qui confirme surtout mes goûts
J’aime qu’un roman me laisse tirer certaines conclusions seule et qu’il me fasse suffisamment confiance pour ne pas revenir sur une information que j’ai déjà intégrée. Ici, certains éléments, émotions ou caractéristiques des personnages m’ont semblé très régulièrement explicités ou rappelés. Cette volonté d’accompagner le lecteur fonctionnera certainement pour d’autres. Personnellement, elle a progressivement ralenti ma lecture. Mais c’est aussi parce que je lis assez vite. Pour une lectrice qui lit son roman en un mois, c’est malin !
J’ai ressenti quelque chose de similaire dans certains dialogues et certaines scènes très émotionnelles, qui m’ont parfois paru davantage écrits que vécus. Là encore, c’est profondément subjectif. Je suis particulièrement sensible au naturel des échanges et assez réfractaire aux effets très théâtraux. Lorsque l’émotion était fortement soulignée, j’avais donc tendance à m’en éloigner plutôt qu’à la ressentir.
Et c’est finalement ce qui rend mon avis compliqué à formuler : je ne pense pas être passée à côté de ce que le roman voulait faire. Je crois plutôt que je n’étais pas la lectrice idéale pour la manière dont il choisit de le faire. Je vois ce qui peut séduire dans cette histoire. Je reconnais certaines qualités à son intrigue et j’ai véritablement apprécié la partie la plus policière. Mais son héroïne, sa dimension romantique, son rythme et son écriture très explicative ont créé trop de distance pour que je sois réellement embarquée.
C’est une déception, donc, mais une déception que j’ai envie de nuancer. Nina m’a surtout permis de mettre le doigt sur quelque chose que je savais déjà plus ou moins sur mes goûts: quand j’ouvre un polar, j’ai besoin que l’enquête prenne beaucoup de place.
Le Prix du Festival sans Nom 2026
Les romans lus dans le cadre du Prix du Festival Sans Nom 2026 en tant que jurée :
