Fritzi war dabei dans la Nikolaikirche
Résumé
« Un pays sans mur, personne n’y est malheureux. »
C’est cette phrase que Fritz peint sur une affiche que sa mère doit emmener à la manifestation.
Fritz n’a pas le droit de l’accompagner. Pour les enfants, c’est trop dangereux aux manifestations du lundi de Leipzig, d’après les adultes. Mais Fritzi n’abandonne pas.
L’automne 1989 du point de vue d’une enfant.
Fritzi war dabei : la RDA racontée à hauteur d’enfant
Lors de mon voyage à Leipzig sur les traces des Sept Sœurs de Lucinda Riley, je suis évidemment passée en librairie. Et il y avait une histoire sur la RDA qui m’y attendait. Enfin, « m’attendait »… Je la cherchais très spécifiquement ! Il s’agit de Fritzi war dabei, que l’on pourrait traduire par « Fritzi y était ». Le livre n’étant malheureusement pas disponible en français, je vais davantage me concentrer sur ce qu’il nous apprend que sur mon ressenti, contrairement à ce que je fais habituellement dans mes chroniques.
L’objectif de Fritzi war dabei est de raconter aux enfants la révolution pacifique de l’automne 1989 et les événements qui vont mener à la chute du mur de Berlin. L’histoire débute le 1er septembre, jour de la rentrée scolaire. Pourquoi est-ce que je lis ça en été, me demandez-vous ? Parce que jusqu’au 21 septembre, on a encore un peu de temps ! Et je ne voulais pas attendre trop longtemps après mon voyage à Leipzig non plus.
En seulement quelques pages, le contexte est posé. Les enfants viennent à l’école avec leur uniforme de pionnier et participent à l’appel sous le drapeau. Une excellente entrée en matière puisque l’école était justement l’un des lieux où la RDA formait les futurs citoyens socialistes.

De l'innocence à l'incompréhension
C’est également là que Fritzi apprend que son amie Sophie se trouve avec ses parents en Hongrie, où la famille attend de pouvoir rejoindre l’Ouest. Comme de nombreux Allemands de l’Est à cette époque.
Tout est évidemment raconté à travers l’innocence de Fritzi. Comment pourrait-elle comprendre que ce voisin du rez-de-chaussée, toujours curieux et qui semble ne jamais travailler, pourrait surveiller les habitants pour le compte de l’État ? Son petit frère, cinq ans, se demande simplement si leur famille va partir elle aussi.
À la maison, regarder la télévision de l’Ouest constitue déjà une transgression. Avec une conséquence toute bête vue par des yeux d’enfant : découvrir dans les publicités des jouets auxquels on n’a pas accès, comme Barbie. Il faut aussi faire attention à ce que l’on raconte au téléphone. Quant au départ vers l’Ouest, il divise les parents de Fritzi : son père estime que pour changer le pays, il faut rester et le transformer de l’intérieur, tandis que sa mère envisage de partir.
De la Nikolaikirche aux manifestations du lundi
C’est dans ce contexte que la mère de Fritzi se rend à la Nikolaikirche. Et forcément, avoir moi-même visité les lieux à Leipzig a donné une dimension supplémentaire à ma lecture.
Fritzi, sa mère et son petit frère sont un jour filmés à la sortie de l’église et apparaissent à la télévision ouest-allemande. Peu après, la famille apprend que la Hongrie a ouvert sa frontière avec l’Autriche et que les Allemands de l’Est présents sur son territoire peuvent rejoindre l’Ouest. Pendant ce temps, les manifestations du lundi prennent de l’ampleur à Leipzig.
Et j’ai été assez surprise par la tension que Fritzi war dabei réussit à développer malgré son jeune public cible. Des manifestants sont arrêtés. La mère de Fritzi, infirmière, emporte du matériel de premiers secours parce qu’elle craint une intervention violente de la police. Puis arrive le 9 octobre 1989.
Le livre laisse alors davantage de place aux illustrations. « Wir sind das Volk. » On voit le peuple marcher. Après avoir visité le musée d’histoire contemporaine de Leipzig, je les entendais presque dans mon esprit et j’ai sincèrement eu les larmes aux yeux.
Progressivement, quelque chose change aussi à l’école. Les enfants parlent davantage de ce qu’ils voient à la télévision de l’Ouest. Les plaisanteries deviennent possibles et ne sont plus systématiquement réprimandées. L’institutrice elle-même semble ne plus vraiment savoir comment réagir. On sent à travers des détails minuscules que le système qui encadrait toute la vie de Fritzi commence à se fissurer.
Son père finit lui aussi par l’accompagner à une manifestation du lundi. Après la prière, il lui confie son rêve : pouvoir déposer une bougie devant la Runde Ecke, le siège local de la Stasi. Un geste minuscule qui représente pourtant énormément dans ce contexte.

Un livre jeunesse particulièrement complet sur la Wende
La dernière partie permet également d’aborder la découverte de l’Ouest avec les yeux de Fritzi. Lorsque la famille peut rejoindre sa grand-mère à Munich, elle découvre un autre quotidien. On leur offre notamment de l’essence en guise de bienvenue et sa grand-mère l’emmène enfin acheter cette fameuse Barbie aperçue à la télévision.
Mais le détail qui m’a le plus marquée concerne l’Isar. Fritzi est stupéfaite devant cette rivière propre, qui n’est ni noire, ni couverte de mousse, ni malodorante. À travers une observation enfantine très simple, le livre aborde donc également les conséquences environnementales de l’industrie en RDA.
Un mot tout de même sur les illustrations de Gerda Raidt : personnellement, je ne les ai pas trouvées extraordinaires. En revanche, elles correspondent parfaitement au public cible. Leur aspect enfantin permet probablement aux jeunes lecteurs de s’identifier beaucoup plus facilement à Fritzi et de découvrir ces événements historiques sans avoir l’impression de lire un cours.
Le livre se termine d’ailleurs par une note explicative particulièrement utile : Fritzi est un personnage fictif, mais les événements historiques racontés sont réels. Cela permet de remettre très simplement l’histoire dans son contexte et d’aller un peu plus loin.
C’est probablement ce que je retiendrai surtout de Fritzi war dabei : le livre est étonnamment complet sans cesser d’être accessible aux enfants. Il parle de l’école, des pionniers, de la surveillance, des écoutes téléphoniques, des départs vers l’Ouest, de la Hongrie, de la Stasi, de la Nikolaikirche et des manifestations du lundi, le tout à travers le quotidien d’une petite fille.
Et même pour un adulte qui connaît déjà cette période, regarder la Wende à hauteur d’enfant apporte quelque chose de différent. Ne me reste plus qu’à vous parler du film, très différent du livre… et pas si différent que ça pour autant !
Dans la série RDA :
Cet article s’inscrit dans mon projet annuel autour de la RDA. En 2026, j’explore la République démocratique allemande à travers des livres, des films, de la musique et des récits personnels, pour mieux comprendre cette période et la manière dont elle continue de résonner aujourd’hui.
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