Nullipares et alors, une lecture de plage ?

Résumé

Dans notre société, l’assignation fondamentale est celle de la reproduction. Ne pas donner la vie alors qu’on le pourrait est perçu comme une faute ou une anomalie, à croire ce choix inconcevable.

Dans ce livre, onze voix de nullipares. Qui s’y livrent, ou délivrent informations et réflexions. Des textes aux formes très différentes, à l’instar des parcours de vie. Où l’on peut voir à quel point être sans enfant n’exclut ni la notion de transmission, ni le sens de l’humour.

Un recueil qui m'a profondément apaisée

J’ai acheté ce recueil de textes, Nullipares et alors ?, lors de mes vacances en Bretagne. Je suis concernée par le sujet et je ne sais pas exactement ce que je cherchais. En revanche, je sais ce que j’ai trouvé. Bien sûr, tous les textes ne m’ont pas parlé de la même manière, mais je suis très heureuse de l’avoir lu. En effet, j’ai trouvé dans ce recueil coordonné par Chloé Delaume une forme de sérénité. Et puis, en ce moment, j’aime lire des essais, ce qui me surprend moi-même. J’ai besoin de textes concrets actuellement.

Le premier texte, Nos utérus sont politiques de Bettina Zourli, commence très fort. J’ai énormément aimé les données chiffrées qu’il présente. Je ne savais pas, par exemple, que depuis 1850, 10 à 15 % des femmes françaises arrivent à la fin de leur vie fertile sans avoir d’enfants. J’ai aussi découvert le terme DINKS, pour Double Income, No Kids. Elle montre très bien que le choix de ne pas avoir d’enfants, mais aussi celui d’en avoir moins, est influencé par les politiques natalistes. C’est un texte qui m’a énormément parlé.

Avec Marelles de Mathilde Forget, j’ai moins apprécié le style. Pourtant, j’ai complètement adhéré au propos. La peur du deuil de l’enfant chez une personne anxieuse est une réalité, et je me suis reconnue dans cette réflexion.

"C'est une des choses que je suis fière de lui avoir transmises : je lui ai appris que l'on n'est pas obligées de produire des enfants, et qu'on peut aimer plus que tout celles qu'on n'a pas produites."

Des textes qui m'ont fait réfléchir... et parfois rire

La mission que j’ai choisie de Rokhaya Diallo est probablement l’un des textes qui m’a le plus marquée. La nulliparité est déjà un défi, mais lorsqu’on est une femme noire confrontée à des stéréotypes qui associent systématiquement féminité et maternité, les obstacles sont encore plus nombreux. Pour la première fois, j’ai lu avec beaucoup de sérénité le fait de ne pas vivre l’expérience de la maternité. Au-delà de me parler, ce texte m’a énormément apaisée.

J’ai également beaucoup aimé Une adulte adoptable d’Aurélie Olivier. Et si les enfants adoptaient finalement les adultes, au bon moment de leur vie ? J’ai trouvé cette idée magnifique.

Puis est arrivé Je sais quels plans je déjoue de Mona Chollet. C’est avec ce texte que je me suis vraiment demandé pourquoi je n’arrivais pas simplement à dire : « je n’en veux pas », sans me justifier. Je suis comblée par les enfants de mon frère et de ma sœur, alors pourquoi ai-je besoin d’expliquer mon choix ? J’ai aimé le calme qui se dégage de son texte, ainsi que cette idée que le désir, ou le non-désir, d’enfant n’est peut-être pas quelque chose de rationnel.

Le texte de Nina Yargekov, La cause comme conséquence, arrive juste après et j’ai trouvé cet enchaînement particulièrement pertinent. Il m’a rappelé que si je me justifie autant, c’est aussi parce que je suis sans cesse confrontée à la question du « pourquoi ». On attend de moi une justification. Et puis, Nina Yargekov est cynique… j’adore ça !

Une lecture que je ne regrette absolument pas

J’ai également beaucoup aimé Mes fils d’Océan. Son texte défend une très belle idée : soutenir les enfants qui ont grandi avec des pères défaillants. En tant qu’homme adulte trans, il choisit de transmettre sa tendresse à ces jeunes plutôt que de devenir lui-même père. Sa conclusion est particulièrement touchante.

Le texte de Chloé Delaume, Raisons et sentiments, est sans doute le plus dur du recueil. Je l’ai presque trouvé à charge. Il ne m’a pas parlé, car je ne ressens plus cette colère aujourd’hui. En revanche, je pense qu’à une autre période de ma vie, il m’aurait fait beaucoup de bien.

J’ai aussi trouvé La grand-mère nullipare de Jane Sautière très intéressant. Je n’avais jamais pensé au fait que choisir de ne pas avoir d’enfants signifiait aussi ne jamais devenir grand-mère. Cela paraît évident une fois formulé, mais je ne m’étais jamais fait cette réflexion. On m’a souvent rappelé que je privais nos mères de ce rôle, mais jamais je n’avais pensé au mien. De toute façon, je préfère être la tata cool et posée !

Enfin, Je n’en ferai pas d’Amandine Gay m’a fait rire tout en apportant une réflexion passionnante sur la différence entre le travail reproductif et le fait de « faire famille ». J’ai adoré cette expression et j’y ai aussi appris plusieurs choses, notamment sur l’hystérectomie.

Le recueil se termine avec Bréviaire des raisons alléguées par les nullipares en vue de justifier leurs choix calamiteux de Lydie Salvayre, une liste assez drôle, même si elle est volontairement tirée par les cheveux.

J’ai lu ce recueil en deux soirées, soit environ deux heures de lecture. J’ai passé un moment vraiment édifiant au milieu de toutes ces réflexions. Aucun regret de l’avoir acheté, et encore moins de l’avoir lu seulement un mois après l’avoir découvert. Je suis une des nullipares, et alors ?

1 commentaire

  1. bonjour, comment vas tu? je pense que de nos jours ce type de voix se démocratise… et se comprend plus facilement qu’il y a une trentaine d’années ou plus. du moins en France. passe une belle semaine et à bientôt!

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.