La prison est-elle obsolète Angela Davis

Résumé

Comment et pourquoi plus de deux millions d’américains sont aujourd’hui derrière les barreaux ? Comment les entreprises font-elles profit du système carcéral ? Quels sont les mécanismes qui conduisent à criminaliser les communautés de couleur et à désaffilier politiquement de larges franges d’électeurs dans les minorités ? « Dans cet essai brillant et parfaitement documenté, Angela Davis pulvérise les soubassements racistes et sexistes du système carcéral américain. Elle n’appelle pas seulement à réformer la prison, mais, radicalement, à ouvrir de nouveaux terrains pour la justice. » Cynthia McKinney

Ma note

5/5

L'Axe Historique

J’ai entendu parler d’Angela Davis pour la première fois en 2020. Aini, j’ai eu envie de me pencher sur son oeuvre anti-prison, La prison est-elle obsolète, l’année suivante. C’est une thématique que je ne connaissais pas du tout. Me voici en pleine remise en question de ce que je pensais savoir sur le sujet ! Je vais commencer par dire que je ne lis pas souvent d’essais, parce que je les trouve trop souvent inaccessibles. Mais ici, la plume d’Angela Davis est très fluide. En peu de pages, elle fait clairement passer son message. 

De son livre, j’ai retenu 3 grandes axes. D’abord, on parle d’Histoire, de l’héritage carcéral du 13ème amendement. J’en avais déjà entendu parler dans Le 13ème d’Ava DuVernay, que je vous recommande. Angela Davis replace vraiment la position des personnes noires aux USA dans le contexte de la fin de l’esclavagisme. Et d’une parade de la Bible Belt afin de les remettre au travail sans avoir à les payer. Retour à la case départ donc : les chaînes, avec comme cadre la prison.

« Juste après la guerre de Sécession, les Noirs (hommes et femmes) affranchis constituaient un gigantesque vivier de main-d’oeuvre à un moment où les propriétaires de plantation – et les industriels – ne pouvaient plus s’appuyer sur l’esclavage comme ils l’avaient fait par le passé. Cette main d’oeuvre a été rendue progressivement disponible aux acteurs du secteur privé grâce au louage carcéral, que nous avons déjà largement évoqué ici, et à d’autres systèmes comme le péonage. »

Du féminisme

Elle nous parle aussi de la place des femmes dans les prisons américaines, notamment des femmes racisées. Les violences sexuelles y sont légions, alors que souvent ce sont des femmes qui viennent de milieux où la violence est déjà présente. Elles en ont déjà été victimes, mais là on parle de violences acceptées par la société. Cautionnées par le gouvernement. On leur fait comprendre qu’elles sont des personnes sans droits, parce qu’elles ont fait une erreur. Sachant que les statistiques sur les femmes incarcérées pour s’être défendues contre un homme violent ne sont pas claires.

Un système carcéral capitaliste

Enfin, comment passer d’un système punitif à un système de réhabilitation ? La prison moderne est-elle apte à faire cela ? Clairement, la réponse d’Angela Davis à ces questions est non. Le système carcéral des Etats-Unis (il est important de le préciser puisque je ne sais pas si c’est également le cas en France) fonctionne sur un principe de rendement. Les prisonniers sont une main d’oeuvre quasiment gratuite pour de grandes entreprises états-uniennes, ce qui leur permet de ne pas délocaliser puisque cela revient moins cher ! Tant que l’on restera dans ce principe d’industrie carcérale, celle-ci n’aura aucun intérêt à diminuer la population en prison. Elle donne également quelques pistes sur comment faire, mais je ne suis pas forcément d’accord avec toutes, notamment la dépénalisation de la marijuana. Mais cela devient ensuite un débat plus précis, dans lequel elle n’entre pas vraiment.

La prison est-elle obsolète est un essai très intéressant qui pousse à la remise en question du système carcéral des Etats-Unis en particulier, mais questionne le système dans sa globalité. Notamment la place des femmes dans cette institution m’a beaucoup interpellé. Mais surtout celles des femmes racisées, ainsi que les millions qu’engrange le système. A lire absolument !

Cette chronique a initialement été publiée sur mon ancien blog.

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