I'm every woman sur le fjord d'Oslo
Résumé
C’est d’épouses, fiancées et copines dont il est question dans ce livre… Madame Elvis Presley, Madame Joseph Staline, Madame Jackson Pollock… et plein d’autres. Réunies par un seul et même destin : être les victimes d’hommes incapables de se comporter de façon normale et raisonnable avec leur partenaire. Qui étaient vraiment ces femmes et comment leur désir de vivre un amour romantique a pu pourrir à un tel point toute leur existence ?
Page après page, Liv Strömquist lance ses flèches empoisonnées contre l’ordre patriarcal. Elle en explore dans les moindres recoins les dispositifs de domination sans oublier de donner au passage, toujours avec l’humour cinglant et la légèreté qui sont les siennes, des réponses à des questions telles : Qui étaient les pires boyfriends de l’Histoire ? Pourquoi Ingmar Bergman a cru bon féconder toutes les femmes qu’en Suède avaient des ambitions artistiques ? Pourquoi l’archange Gabriel a appelé les femmes des « putains » ? Mais pourquoi tous les enfants sont-ils des conservateurs bien de droite ? Et pourquoi les hommes qui plus défendent les valeurs de la famille nucléaire (à l’instar d’un certain Pape), ne vivent jamais dans des familles nucléaires ?
Une BD suédoise lue face au fjord d’Oslo
J’ai décidé d’emmener I’m every woman dans ma valise à Oslo. Liv Strömquist est suédoise, et l’influence de la Suède sur la Norvège a été immense durant des siècles. Les langues sont proches, les histoires entremêlées. Donc, à défaut d’aller à Stockholm, j’ai embarqué un morceau de Suède avec moi. Ce qui est drôle, c’est que je lisais la BD au Grand Hôtel d’Oslo… juste au-dessus du Grand Café où Edvard Munch prenait son petit déjeuner. Or, le premier « pire petit ami de l’histoire » présenté par l’autrice n’est autre que lui. Découvrir à quel point il pouvait être odieux tout en étant à deux pas de ses habitudes quotidiennes avait quelque chose de très ironique.
Portraits d’hommes, récits de femmes
Après Munch, on passe à Mao Zedong. Aucun lien avec Oslo, me direz-vous ? Et pourtant. Sa compagne Jiang Qing a interprété Nora dans Une maison de poupée d’Ibsen. Le même Ibsen qui buvait sa bière tous les jours au Grand Café. Les hasards s’enchaînaient et rendaient ma lecture presque scénarisée. À travers ces portraits d’hommes abusifs ou toxiques, Liv Strömquist déconstruit les mythes.
Mais surtout, elle redonne de la place aux femmes que l’histoire a effacées ou caricaturées. Britney Spears, Priscilla Presley, Lee Krasner, Ruth Klingman, Nadejda Allilouïeva… Autant de figures dont l’image publique a été biaisée, simplifiée ou étouffée au profit de récits masculins. Ce qui peut sembler au départ une critique individuelle devient en réalité une critique systémique : de l’éducation des jeunes filles, du traitement médiatique des stars, de la manière dont la société façonne les rôles.
Une lecture engagée qui fait réfléchir
Le ton de Liv Strömquist est volontairement tranché. Parfois excessif, parfois provocateur. On adhère ou non à tout ce qu’elle avance. Mais on ne ressort pas de I’m every woman sans avoir été bousculée. Elle rappelle à quel point les récits dominants ont remplacé les déesses par un Dieu unique, invisibilisé les compagnes d’artistes célèbres ou réduit les femmes à des figures secondaires. Sa bande dessinée est dense, drôle, parfois mordante, mais toujours documentée. Pour ma part, j’ai appris énormément de choses. Et même lorsque je n’étais pas totalement sûre d’être d’accord, la lecture m’a obligée à réfléchir. C’est exactement ce que j’attends d’une BD engagée. Même si le dessin ne me parle pas trop, comme c’est toujours le cas avec l’autrice. Et pourtant, grâce à ses messages, j’y reviens toujours.
De la même autrice :
Mes autres avis des BD de Liv Strömquist :
- Les sentiments du prince Charles – à transférer de l’ancien blog
- L’origine du monde – à transférer de l’ancien blog
