D'où personne ne revient clôture la sélection du Prix du Festival Sans Nom 2026
Résumé
North Sentinel, île interdite du Golfe du Bengale. La mort attend quiconque ose s’aventurer sur cette langue de terre bordée de mer turquoise. Marie Seghers en sait quelque chose : les habitants de l’île viennent d’assassiner, à coups de flèches, son frère, son fiancé et leur guide. Elle-même ne doit sa survie miraculeuse qu’à l’intervention de l’armée indienne. Mais que faisait-elle là ? Comment cette riche héritière belge a-t-elle pu se retrouver dans cette situation qui risque de la conduire tout droit en prison ?
L’inspecteur de police chargé de l’enquête est bien décidé à faire de Marie un exemple à l’attention des occidentaux investisseurs qui cherchent à accaparer ces terres protégées pour les offrir aux touristes. De son côté, Parvadhî, jeune avocate indienne, va entreprendre de creuser l’histoire de Marie. Et découvrir un lien mystérieux qui unit cette affaire à celle, très ancienne, du tueur à la torche. Un homme qui assassinait des enfants intouchables, et qui vient justement de sortir de prison…
D’où personne ne revient : un point de départ fascinant
Dernier roman de la sélection du Festival Sans Nom pour le Prix 2026 ! Et je suis un peu triste, car il vient compléter le quatuor de la déception. J’aurais évidemment préféré terminer avec un vrai concurrent au titre phare du podium. Pourtant, le point de départ avait tout pour m’intriguer.
J’ai notamment découvert à travers cette lecture les peuples autochtones des îles Andaman et la situation très particulière de North Sentinel. Ça m’a immédiatement fascinée ! De plus, Clarence Pitz aborde de nombreux sujets de société intéressants. Pour n’en nommer que quelques-uns : les inégalités sociales, le pouvoir de l’argent, les castes en Inde, la préservation des populations autochtones ou encore les conséquences du tourisme et de l’exploitation de certains territoires.
Mais je n’ai malheureusement pas adhéré à la façon dont l’intrigue intègre ces thèmes. Et c’est pour ça que j’ai commencé à décrocher. J’ai régulièrement eu l’impression de lire davantage un roman de société utilisant les codes du thriller. Mais ce que je voulais, c’était un thriller qui intégrerait naturellement les questionnements de société. Je sentais parfois trop fortement les messages que l’autrice souhaitait transmettre.
"Certaines terres ne veulent pas être découvertes… et encore moins comprises."
Des personnages auxquels je ne me suis pas attachée
Mon principal problème reste cependant mon manque d’attachement aux personnages. Marie est profondément antipathique pendant une grande partie du roman. Son rapport à l’argent, son privilège et certaines de ses décisions m’ont beaucoup agacée. Cela dit, l’autrice ne cherche pas à tout prix à la rendre sympathique, ce qui est toujours ça de pris. Le récit confronte régulièrement Marie aux conséquences de son comportement.
Malgré ça, lorsqu’un roman repose autant sur ses personnages, il faut que je puisse m’attacher à au moins l’un d’entre eux… et ça n’a malheureusement pas été le cas. Alors que j’ai lu le roman en deux jours, quand je l’ai repris en main, je ne me souvenais déjà plus du rôle de certains personnages secondaires.
La construction a également beaucoup joué sur mon ressenti. D’où personne ne revient multiplie les personnages, les points de vue, les époques et les intrigues parallèles. Certains mystères ont réellement réussi à m’accrocher et j’ai beaucoup aimé élaborer des théories. J’en avais d’ailleurs beaucoup ! Une révélation en particulier m’a même complètement surprise. Malheureusement, j’en avais anticipé beaucoup d’autres assez longtemps avant leur confirmation.
J’ai aussi eu du mal avec les différentes temporalités qui brouillent volontairement la chronologie. C’est un procédé auquel je ne suis pas réceptive du tout. Et puis, surtout, sans trop en dire, plus les différentes intrigues se rejoignaient, plus le roman perdait en crédibilité à mes yeux.
Un thriller qui n’était tout simplement pas pour moi
C’est d’autant plus dommage que le roman se lit plutôt facilement. Je ne me suis pas constamment ennuyée non plus. Et puis, certains passages ont vraiment relancé mon intérêt. Pourtant, je n’avais jamais particulièrement envie de reprendre ma lecture une fois le livre posé. Sans la deadline du Festival Sans Nom, je pense sincèrement que je l’aurais traîné pendant plusieurs semaines.
Au final, D’où personne ne revient réunit paradoxalement plusieurs éléments qui auraient pu me plaire. On a un décor fascinant, avec de vraies questions éthiques et sociales. Il y a plusieurs mystères et une intrigue ambitieuse. Et c’est ce qui justifie sans aucun doute sa sélection et le fait que beaucoup d’autres ont aimé ! Il a d’ailleurs une moyenne de 16/20 sur Livraddict actuellement ce qui n’est pas rien.
Mais son traitement ne correspond tout simplement pas à ce que j’aime dans un thriller. Plus que l’envie de savoir ce qui allait se passer, j’ai progressivement surtout eu envie d’arriver au bout. Et pour moi, dans ce genre littéraire, c’est particulièrement révélateur.
Le Prix du Festival sans Nom 2026
Les romans lus dans le cadre du Prix du Festival Sans Nom 2026 en tant que jurée :
- La Ferme de François-Xavier Dillard
- Sécher tes larmes : Une enquête d’Emma Fauvel de Meï Lepage
- La mort en miroir de Pétronille Rostagnat
- Une bonne épouse d’Ingrid Desjours
- L’Assassin de Pigalle de Gabriel Katz
- Nina de Naëlle Charles
- La fabrique du mal d’Angélina Delcroix
- D’où personne ne revient de Clarence Pitz
