1984 de Xavier Coste, étonnamment parfait pour Halloween
Résumé
Dans une Angleterre uchronique issue de la Guerre Froide, Winston est un employé ordinaire. Surveillé à chaque instant par des caméras, des espions, des voisins, il travaille à la réécriture de l’Histoire. Il sent confusément que quelque chose ne va pas dans le monde tel qu’il le connaît. Qu’il doit bien exister du sens, quelque part. Un secret. C’est alors qu’il rencontre Julia…
1984 de Xavier Coste : aux origines de la dystopie avec Orwell
À la base, j’ai emprunté cette BD un peu sur un coup de tête en me disant que j’aurais une chronique d’avance pour le 4 avril, date à laquelle commence l’histoire. Sauf que je ne m’attendais pas à ce que 1984 me fasse aussi peur !
Je connaissais évidemment Big Brother et une partie de l’imaginaire collectif autour d’Orwell, mais je n’avais jamais lu le roman. J’ai donc découvert à quel point son influence est partout : Hunger Games, Black Mirror, We Happy Few, pour n’en citer que trois. Forcément, j’ai constamment eu l’impression de remonter aux racines de dystopies que je connaissais déjà. Et c’est probablement ce qui m’a le plus surprise dans cette première découverte de 1984. Même sans avoir lu Orwell auparavant, j’avais déjà rencontré une partie de ses idées ailleurs, parfois sans savoir d’où elles venaient.
Bien plus que Big Brother
Ce qui m’a surtout marquée, c’est la manière dont le récit questionne la liberté, le pouvoir, la mémoire, le langage et jusqu’à notre perception de la réalité. Plus j’avançais, plus je trouvais cette société terrifiante. Certaines réflexions résonnent encore énormément avec notre époque. Derrière la surveillance que j’associais spontanément à 1984, j’ai découvert quelque chose de beaucoup plus profond : la dépossession progressive de l’individu. Le pouvoir s’attaque à sa liberté, à son intimité, à ses relations et même à sa capacité à penser.
Finalement, la surveillance ne représente qu’une partie du mécanisme. Le contrôle du langage, de la mémoire et de ce que chacun considère comme réel m’a semblé encore plus inquiétant. Parce qu’à partir du moment où l’on ne peut plus faire confiance à ses propres souvenirs ou exprimer certaines pensées, que reste-t-il de notre liberté ?
L’univers de 1984 sous le crayon de Xavier Coste
Et j’ai aussi énormément aimé le travail de Xavier Coste. Le format carré, les jeux d’ombre et de lumière ainsi que les couleurs qui semblent changer selon les espaces et l’état d’esprit de Winston donnent une véritable identité à l’adaptation. J’ai particulièrement aimé cette impression que Winston devient presque un « caméléon des pensées » selon l’endroit où il se trouve. Le dessin accompagne ainsi parfaitement l’oppression grandissante du récit.
1984 de Xavier Coste est une lecture sombre, oppressante et beaucoup plus effrayante que je ne l’imaginais. Elle m’a poussée à faire énormément de parallèles historiques, politiques et culturels. Mais elle m’a surtout amenée à réfléchir à notre besoin d’un espace commun, à la disparition de la nuance et à la facilité avec laquelle un pouvoir peut opposer les individus. Une dystopie qui date de 1949 et qui réussit encore à me faire penser aussi fortement à notre présent, c’est d’ailleurs probablement ce qui m’a le plus terrifiée.
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