Le liseur devant l'Opera sur le fjord d'Oslo

Résumé

À quinze ans, Michaël fait par hasard la connaissance, en rentrant du lycée, d’une femme de trente-cinq ans dont il devient l’amant. Pendant six mois, il la rejoint chez elle tous les jours, et l’un de leurs rites consiste à ce qu’il lui fasse la lecture à haute voix. Cette Hanna reste mystérieuse et imprévisible, elle disparaît du jour au lendemain.

Sept ans plus tard, Michaël assiste, dans le cadre de des études de droit, au procès de cinq criminelles et reconnaît Hanna parmi elles. Accablée par ses coaccusées, elle se défend mal et est condamnée à la détention à perpétuité. Mais, sans lui parler, Michaël comprend soudain l’insoupçonnable secret qui, sans innocenter cette femme, éclaire sa destinée, et aussi cet étrange premier amour dont il ne se remettra jamais.

Il la revoit une fois, bien des années plus tard. Il se met alors, pour comprendre, à écrire leur histoire, et son histoire à lui, dont il dit : « Comment pourrait-ce être un réconfort, que mon amour pour Hanna soit en quelque sorte le destin de ma génération que j’aurais moins bien su camoufler que les autres ? »

Une mise en abyme fascinante malgré une écoute contrariée

J’ai découvert Le liseur en alternance entre la version allemande publiée chez Diogenes et le livre audio chez Gallimard audio, écouté sur Spotify. Il y a quelque chose d’assez fou dans ce dispositif : dans le roman, Michael lit à Hanna, puis il écrit son histoire, et nous l’écoutons à notre tour. La narration de Samuel Labarthe m’a convaincue. Sa voix et ses intonations servent très bien la gravité du texte.

En revanche, j’ai été profondément agacée par l’ajout de longs passages de musique classique. Placés parfois en début ou fin de chapitre, parfois en plein milieu, ils m’ont obligée à manipuler mon téléphone sans cesse pour avancer. Lorsque l’on écoute un livre audio en conduisant ou en ayant les mains occupées, cela casse totalement l’immersion. Cette frustration n’enlève rien à la qualité du texte, mais elle a clairement impacté mon expérience d’écoute.

"Seulement voilà : fuir n'est pas seulement partir, c'est aussi arriver quelque part."

Mémoire allemande et fracture générationnelle

J’ai lu Le liseur dans le cadre de mon projet autour de l’identité allemande et de la RDA. Le lien n’est pas direct, mais il me semblait essentiel de commencer par l’après-guerre et ses conséquences. Avant la division Est-Ouest, il y a la fracture morale. On rencontre donc Michael à quinze ans, puis on le suit dans ses années étudiantes, au moment où sa génération interroge frontalement la culpabilité allemande face aux crimes nazis.

C’est dans cette deuxième partie que le roman prend, selon moi, toute son ampleur. Il explore avec justesse le travail de mémoire, la honte, la responsabilité collective et la distance entre ceux qui ont vécu la guerre et ceux qui en héritent. Cette réflexion m’a semblé étonnamment actuelle. Publié en 1994, le roman ne paraît jamais daté. Seule la langue, plus soutenue que ce que l’on lit aujourd’hui, rappelle son époque. Et encore, cela participe plutôt à la densité du propos.

Une relation troublante, relue à l’ère post-MeToo

La relation entre Michael et Hanna m’a profondément mise mal à l’aise. Aujourd’hui, après des lectures comme Le Consentement de Vanessa Springora, on ne peut plus aborder cette histoire de la même manière. Ce que vit Michael n’est pas romantique. C’est une relation déséquilibrée, marquée par une asymétrie évidente. Le roman ne romantise pas cette histoire pour autant. Il est explicite, parfois frontal, mais il ne la pare jamais d’un vernis séduisant. Les conséquences psychologiques sont présentes, durables. Une phrase, vers la fin, résume d’ailleurs avec une grande sobriété l’impact irréversible de cette relation sur Michael.

C’est sans doute là que le roman devient le plus intéressant : il ouvre un espace de débat. Sur la mémoire, sur la culpabilité, sur la responsabilité individuelle, mais aussi sur le consentement et la construction intime. Le liseur m’a fait réagir vivement, réfléchir longuement, et c’est précisément ce que j’attendais de cette première étape dans mon exploration de l’histoire allemande. Je poursuivrai avec le film, puis avec d’autres lectures pour approfondir encore cette question de la mémoire.

Dans la série RDA :

Cet article s’inscrit dans mon projet annuel autour de la RDA. En 2026, j’explore la République démocratique allemande à travers des livres, des films, de la musique et des récits personnels, pour mieux comprendre cette période et la manière dont elle continue de résonner aujourd’hui.

👉 Retrouvez tous les articles liés à ce projet dans la catégorie RDA.

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