Hiraeth de Jenny Jinya à Wissembourg dans le parc des remparts
Résumé
« Ce qui fut autrefois, mais qui aujourd’hui manque tant, est décrit par le mot Hiraeth. Mot gallois d’origine, il évoque un sentiment que certains connaissent bien – un désir profond pour un lieu, une personne, un foyer, ou une époque désormais introuvable. Une nostalgie inatteignable… Que donnerions-nous pour entendre de nouveau cette voix, ou ressentir cette chaleur, le craquement et le ronronnement, tout ce qui ne peut plus nous revenir dans sa finalité. Mais plus l’homme détruit, plus nous ressentirons ce manque, nous, et eux. »
Hiraeth : le deuil de tout un monde disparu
L’année dernière à Halloween, j’ai lu et adoré Loving Reaper. Mais sa lecture avait été très éprouvante. J’ai tout de même craqué pour cette suite aux Imaginales cette année, en me la gardant à nouveau pour Halloween. Cette fois-ci, je savais parfaitement dans quoi je mettais les pieds. Je m’attendais à retrouver une lecture très sombre, militante et émotionnellement difficile. Pourtant, Hiraeth m’a finalement touchée d’une manière assez différente.
Dès son introduction, Jenny Jinya explique le choix du mot gallois « hiraeth », difficilement traduisible, qui est le résumé. J’ai immédiatement été sensible à cette idée, aussi à cause de Babylon de Taylor Swift qui vient de sortir. Jenny Jinya parle du deuil, bien sûr, mais également de tous ces petits éléments qui constituaient un monde autour d’une personne ou d’un animal disparu. Des objets, des habitudes, des lieux et des souvenirs minuscules deviennent soudain les vestiges d’une vie qui n’existe plus sous cette forme.
Plusieurs histoires consacrées au deuil m’ont particulièrement atteinte parce qu’elles ont matérialisé certaines de mes propres peurs. Celle de perdre un jour mon chat, bien sûr, mais également celle d’une disparition sans réponse. L’ouvrage se conclut d’ailleurs sur cette notion : les autres peuvent nous accompagner, mais personne ne peut réellement effectuer cette traversée du deuil à notre place. Une conclusion qui boucle merveilleusement avec le hiraeth introduit au début.
Comme dans le premier volume, l’œuvre reste profondément militante en faveur des animaux. Jenny Jinya explique régulièrement ce qui a inspiré ses histoires et replace ainsi ses dessins dans une réalité concrète. La souffrance représentée n’est jamais gratuite : elle attire notre attention sur des pratiques réelles et nous pousse à réfléchir à notre responsabilité envers les autres espèces.
Entre Mort, Vie et cause animale
J’ai retrouvé avec beaucoup d’émotion les illustrations de Jenny Jinya. J’avais presque oublié l’effet qu’elles me faisaient. Son utilisation essentiellement en noir et blanc, ponctuée de touches de couleur très ciblées, possède une force incroyable. Ce parti pris atteint d’ailleurs son apogée dans une magnifique double page consacrée à Vie, débordante de couleurs et de détails. Après autant de gris et de noir, cette explosion visuelle m’a réellement émerveillée.
La relation entre Vie et Mort m’a également beaucoup plu. Toutes deux appartiennent au même cycle et partagent la même tendresse envers les êtres dont elles prennent soin. Leur relation apporte une douceur et des respirations qui m’avaient manqué dans le premier tome. Mort accueille, accompagne et protège. Bien entendu, l’existence d’un après appartient aux croyances de chacun, mais je trouve la métaphore particulièrement belle. Dans Loving Reaper, la mort n’est finalement presque jamais l’ennemie. Bien souvent, les circonstances qui précèdent son arrivée portent toute la cruauté. Quant au chagrin, il devient la trace de l’importance qu’une présence a eue dans notre vie.
J’ai aussi énormément appris pendant cette lecture. J’ai découvert avec horreur l’existence de fausses vidéos de sauvetage, l’exploitation d’ours pour leur bile ou encore l’utilisation de produits issus de baleines. Le chapitre consacré aux requins m’a particulièrement révoltée. J’ai également été sidérée d’apprendre que certaines personnes offrent encore des lapins et des poussins à Pâques comme de simples cadeaux saisonniers.
D’autres passages m’ont poussée à réfléchir à des conséquences auxquelles je n’avais jamais pensé. Toutes les histoires ne m’ont cependant pas attristée : celles sur les pigeons et les corbeaux ont surtout renforcé mon attrait pour les oiseaux.
Un deuxième Loving Reaper plus équilibré
C’est probablement ce que j’aime le plus chez Jenny Jinya : elle ne se contente pas de me dire que les animaux souffrent et que je devrais éprouver de la compassion. Elle m’oblige à réfléchir à la manière dont nos choix individuels et collectifs influencent leur existence, parfois à travers des mécanismes auxquels je n’aurais jamais pensé spontanément.
Finalement, Hiraeth m’a beaucoup moins submergée émotionnellement que le premier Loving Reaper. J’ai pleuré plusieurs fois, évidemment, mais je savais désormais à quoi m’attendre. Surtout, ce deuxième tome m’a semblé beaucoup plus équilibré. Le premier m’avait parfois étouffée sous une accumulation presque ininterrompue de souffrance. Ici, Jenny Jinya laisse davantage de place à la tendresse, à l’émerveillement, à la réflexion et même à une certaine forme d’espoir.
Vie y est pour beaucoup. Sa présence aux côtés de Mort apporte exactement la lumière qui me manquait auparavant, sans jamais diminuer la force du propos militant. Le livre parvient ainsi à parler simultanément de souffrance animale, de mort, de deuil et de souvenir, mais aussi d’amour. Il rappelle surtout la valeur immense que peut avoir une vie précisément parce qu’elle n’est pas éternelle.
Cette fois, je n’ai véritablement aucun reproche à formuler. Hiraeth m’a moins dévastée, mais il m’a davantage fait réfléchir. Je l’ai également trouvé plus abouti et plus équilibré. Ce deuxième tome réussit finalement quelque chose que j’espérais sans forcément en avoir conscience : conserver toute la puissance de Loving Reaper tout en laissant entrer un peu plus de lumière.
Halloween 2026 sur le blog
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- Le livre d’Ève de Meg Clothier
- 1984 de Xavier Coste, d’après Orwell
- Contre toute attente de Linwood Barclay
- La communauté de l’urbex de Marie Compagnon
- Hiraeth de Jenny Jinya
Du côté des films :
Du côté des transferts de l’ancien blog :

Je dois sortir le premier tome de ma PAL mais il me tente ce deuxième tome qui semble pousser à la réflexion de manière forte et impactante. Je ne pensais même pas que des gens pouvaient offrir des lapins et des poussins à Pâques 🙁 Je t’avoue qu’à chaque fois qu’autour de moi, on veut adopter un lapin, je fais tout pour que ça ne se fasse pas parce que personne dans mon entourage n’est conscient des besoins de cette espèce et est prêt à aménager sa vie pour le bien-être de cet animal. Un lapin, c’est mignon mais ce n’est pas la jolie peluche qui reste dans un petit enclos que beaucoup s’imaginent…