Mauvais joueur sur le Augustusplatz de Leipzig
Résumé
Selma s’est mise en tête d’explorer un collège abandonné. Elle connait la règle sacrée de l’urbex, ne jamais rien emporter. Pourtant, dans une salle de classe délabrée, elle est attirée par une petite bille de flipper qui semblait l’attendre. Ni vu ni connu, Selma glisse la bille dans sa poche… Une erreur qu’elle va amèrement regretter.
Mauvais joueur, une virée en urbex qui tourne mal
J’ai beaucoup aimé Mauvais joueur. J’avais notamment choisi ce roman parce que son intrigue autour de l’urbex collait parfaitement à mon ambiance Summerween et à ma future séance photo Halloween. J’ai donc trouvé particulièrement intéressant de lire une histoire qui met en scène des sensations que je connais réellement.
J’ai notamment retrouvé cette étrange impression de coton qui peut nous envelopper lorsqu’on explore un lieu abandonné, alors même que tous nos sens sont en ébullition. On entend le moindre bruit, on perçoit chaque mouvement et on devient extrêmement vigilant. C’est une expérience assez trompeuse, parce qu’on peut facilement surinterpréter ce que l’on perçoit avant de se forcer à tout rationaliser. Et dans la réalité, la peur ne vient pas forcément du surnaturel : la simple possibilité de croiser quelqu’un dans un lieu que l’on pensait vide suffit largement !
J’ai également trouvé le point de départ très crédible pour des personnages de douze ans. Faire comme les plus grands, braver un interdit, explorer un endroit abandonné et en rapporter de belles photos, particulièrement lorsqu’on grandit avec les réseaux sociaux, suffit à expliquer leur comportement. Et forcément, ils font parfois des choix qui m’ont donné envie de leur hurler d’aller chercher un adulte. Mais justement : ils ont douze ans. À cet âge, reconnaître immédiatement qu’on a menti et désobéi n’est pas nécessairement aussi évident qu’il me le paraît aujourd’hui.
"La bille s'est imprégnée de la chaleur de sa main, désormais, et Selma a l'impression qu'elle est devenue un talisman. Tant qu'elle la gardera il ne pourra rien lui arriver, elle en a la certitude."
Un petit Conjuring pour enfants
Mauvais joueur utilise énormément de clichés de l’horreur et j’ai trouvé ça très amusant : animaux au comportement étrange, bruits inexpliqués, phénomènes inquiétants dans la maison, mauvais rêves, objets qui semblent avoir leur propre volonté… J’ai vraiment eu l’impression de lire une sorte de Conjuring pour enfants !
Mais Amélie Antoine sait parfaitement qu’elle joue avec ces codes et ses personnages ont eux-mêmes suffisamment de références horrifiques pour les reconnaître. Cette conscience des clichés empêche justement le récit de paraître naïf. Malgré mon habitude de ces ressorts, certains passages m’ont réellement inquiétée, principalement parce que je craignais ce qui pouvait arriver à une enfant de douze ans.
J’ai également beaucoup aimé les références qui ne produiront pas nécessairement le même effet selon l’âge du lecteur. La présence de Petit frère d’IAM m’a particulièrement marquée. Une enfant actuelle peut surtout être perturbée par le fait d’avoir en tête une chanson qu’elle ne connaît pas, tandis qu’un adulte reconnaît immédiatement le morceau, son atmosphère mélancolique et son propos. Une même scène peut donc se lire de deux manières différentes.
C’est quelque chose que j’apprécie particulièrement chez Amélie Antoine. Derrière une histoire jeunesse courte, accessible et très efficace, elle parvient à glisser suffisamment de matière pour que l’adulte qui la lit puisse lui aussi y trouver son compte.
Peut-on vraiment échapper aux erreurs du passé ?
Car derrière son histoire de fantôme, Mauvais joueur m’a surtout fait réfléchir à la découverte du passé de nos parents. Il existe un moment assez vertigineux où l’on comprend qu’ils ont été des personnes avant d’être nos parents, avec leurs erreurs, leurs lâchetés et leurs secrets. À douze ans, découvrir qu’ils ne sont peut-être pas exactement ceux que l’on pensait connaître peut constituer une peur bien plus profonde qu’un phénomène surnaturel.
Le roman questionne également notre manière de juger les erreurs anciennes. Les réseaux sociaux ont accentué cette absence de droit à l’oubli : quelque chose fait ou écrit très jeune peut ressurgir des années plus tard comme si la personne était nécessairement restée la même. Pour moi, il existe pourtant une différence entre assumer ce que l’on a fait et être condamné à rester toute sa vie la version de soi qui a commis cette faute. Grandir, regretter et changer n’effacent pas les conséquences, mais cela compte.
Et jusqu’où les proches doivent-ils subir les fautes de l’un des leurs ? Peut-on hériter moralement d’une culpabilité qui ne nous appartient pas ? On peut malheureusement hériter des conséquences d’une histoire familiale, mais pas, à mes yeux, de la culpabilité elle-même.
C’est donc un tout petit roman qui se dévore, assume pleinement ses codes horrifiques et m’a offert beaucoup plus de matière à réflexion que son format pouvait le laisser penser. C’est exactement ce que j’aime chez Amélie Antoine : une histoire accessible, efficace et divertissante, derrière laquelle se cachent des problématiques beaucoup plus profondes. Et même en tant qu’adulte, j’ai parfois vraiment flippé pour ces gamins !
Amélie Antoine sur le blog :
Mes avis sur les autres romans d’Amélie Antoine :
- Au nom de quoi – à transférer de l’ancien blog
- Aux quatre vents
- Combien de temps – à transférer d’Instagram
- Les secrets – à transférer de l’ancien blog
- Mauvais joueur
- Quand on n’a que l’humour – à transférer de l’ancien blog
- Raisons obscures – à transférer de l’ancien blog
- Sans elle
- Fidèle au poste – dans ma PAL
- Le jour où – dans ma PAL
