De l’autre côté, la vie volée

Résumé

Katia est la fille d’émigrés espagnols ayant fui à Berlin le régime franquiste. Avec sa sœur Martina, elle partage les élans d’une famille aimante, mais où le silence sur le passé est d’or. En grandissant, Katia voit s’ériger le Mur.

Dans une librairie, son regard croise un jour celui de Johannes, jeune homme venu de l’Ouest… Avec sa complicité, à l’insu de tous, munie de faux papiers, Katia passe de l’autre côté.

Avec un exceptionnel souffle romanesque, Aroa Moreno Durán déroule une histoire intime, étroitement liée à l’Histoire européenne. Une fresque magistrale qui rappelle l’atmosphère des films La Vie des autres et Cold War. Le portrait saisissant d’une vie déracinée, d’une vie volée.

Une famille espagnole de l’autre côté du mur

En 2019 sortait aux éditions JC Lattès De l’autre côté, la vie volée, un roman qui se déroule en Allemagne à l’époque de la RDA et que l’éditeur m’avait gentiment envoyé. J’étais très intéressée par le fait que ce soit une autrice espagnole qui nous livre ce récit, qui était d’ailleurs son premier roman.

Comme je travaille en Allemagne et que j’ai été à l’école de l’autre côté du Rhin pendant plus de deux ans, j’aime beaucoup découvrir des romans qui parlent de ce pays. Forcément, je n’avais pas pu m’empêcher de le lire en avant-première, surtout qu’il n’est pas très épais.

En tout juste 200 pages, Aroa Moreno Duran nous livre un récit intéressant sur la vie d’immigrés espagnols en Allemagne de l’Est. Honnêtement, j’ai souvent tendance à associer l’immigration aux pays les plus riches et, dans mon esprit, la RDA ne l’était pas. C’est pourtant ridicule, surtout au vu de l’histoire compliquée de l’Allemagne. Ce roman m’avait donc ouvert les yeux sur cette communauté vivant de l’autre côté du mur.

« La rivière Morava a divisé ma vie en deux. Je n’ai même pas eu besoin de toucher le sol de cette Allemagne pour m’en rendre compte. Ses eaux noires où resterait à jamais engloutie la toque de ma mère, couverte de mousse et de boue, ont laissé derrière moi tout ce que je connaissais. Le reste était mouillé. «

Un roman qui m’a laissée un peu à distance

Cela dit, je dois admettre avoir été déçue par certains aspects de De l’autre côté, la vie volée. Dès les premières lignes, j’étais notamment un peu perturbée par les phrases en allemand qui n’étaient pas toujours correctement orthographiées. Je n’ai évidemment rien contre quelques fautes, ce sont des choses qui arrivent. Mais il y a peut-être une vingtaine de phrases en allemand dans tout le roman. Par respect pour la langue et pour le lectorat, j’aurais aimé qu’elles soient justes. En tout cas, c’est important pour moi et cela m’avait laissé un goût amer en bouche.

J’ai également un autre reproche à faire au roman, beaucoup plus personnel : je n’ai pas réussi à m’attacher à Katia. Je l’ai trouvée complètement passive. En réalité, je pense surtout que le roman était trop court pour la période explorée. J’aurais aimé avoir davantage de temps avec elle et avec son histoire.

Pourtant, cette impression sert aussi étrangement le récit. Parce que cette impossibilité d’agir raconte finalement assez bien ce qu’a fait le mur : il a volé aux gens la possibilité de réparer certaines erreurs, de se pardonner mutuellement et de se pardonner à eux-mêmes.

Une frontière disparue mais des traces toujours présentes

Le mur a divisé des familles entières, un pays entier et une population entière. Encore aujourd’hui, on parle des « Ossies », ceux de l’Est, et des « Wessies », ceux de l’Ouest. Cette distinction n’a évidemment plus la même importance pour les nouvelles générations, mais les différences économiques, sociales et politiques entre l’ancienne RDA et l’ancienne RFA n’ont pas totalement disparu.

Et c’est aussi pour cela que je trouve De l’autre côté, la vie volée intéressant. Le roman rappelle que derrière ce mur aujourd’hui disparu, la vie quotidienne n’était pas la même. Il montre surtout cette période à travers une famille qui possède elle-même une autre histoire, celle de l’immigration espagnole en RDA.

Bien que quelques éléments du récit m’aient dérangée, j’ai donc trouvé ce roman intéressant grâce au point de vue adopté par Aroa Moreno Duran. C’était une autre époque, difficilement imaginable aujourd’hui. Et justement, continuer à lire les histoires de ceux qui l’ont vécue permet aussi de ne pas oublier ce que cette frontière a représenté.

Dans la série RDA :

Cet article s’inscrit dans mon projet annuel autour de la RDA. En 2026, j’explore la République démocratique allemande à travers des livres, des films, de la musique et des récits personnels, pour mieux comprendre cette période et la manière dont elle continue de résonner aujourd’hui.

👉 Retrouvez tous les articles liés à ce projet dans la catégorie RDA.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.