La fabrique du mal d'Angelina Delcroix
Résumé
À quinze ans, on devrait encore être un enfant.
Pas un tueur.
Un thriller sombre qui va bien au-delà de son intrigue
J’ai beaucoup aimé La fabrique du mal. Dès les premiers chapitres, j’ai été happée par cette histoire particulièrement sombre, portée par une écriture fluide, efficace et très addictive. Les chapitres courts et les nombreux cliffhangers donnent constamment envie de poursuivre. Clairement, Angélina Delcroix sait parfaitement comment terminer un chapitre pour m’empêcher de poser son livre !
Mais ce qui m’a le plus plu ici dépasse largement l’efficacité du thriller. J’ai surtout aimé la nuance avec laquelle l’autrice aborde ses personnages et les questions sociales qui traversent son intrigue.
Elle s’intéresse notamment aux jeunes happés par les réseaux criminels, sans tomber dans une vision simpliste. Ils ne sont pas forcément soit des victimes innocentes, soit des coupables irrécupérables. Au contraire, elle montre des parcours, des vulnérabilités, des besoins d’argent, de reconnaissance ou d’appartenance, mais aussi des choix et des responsabilités individuelles. Et j’ai énormément apprécié que ces différentes réalités puissent coexister.
Plus généralement, La fabrique du mal m’a énormément fait réfléchir. Sur la responsabilité individuelle et collective, sur ce que la société peut ou doit faire pour empêcher certains parcours, mais aussi sur la frontière parfois inconfortable entre victime et coupable. Plusieurs personnages peuvent ainsi défendre des positions contradictoires tout en ayant chacun une part de raison. C’est exactement le genre de nuance que j’aime retrouver dans mes lectures.
"On ne naît pas monstre, on le devient, un mauvais choix après l'autre, quand l'illusion de la sortie facile vous fait oublier le prix à payer."
Le travail social au cœur de La fabrique du mal
Le travail social occupe également une place importante dans le roman et c’est probablement l’un des aspects qui m’a le plus touchée. Ayant moi-même travaillé comme éducatrice sportive spécialisée, j’ai retrouvé certaines interrogations qui peuvent accompagner ces métiers. Le sentiment d’impuissance, la difficulté à mesurer réellement son utilité ou encore les échecs qui prennent parfois toute la place alors que les réussites sont beaucoup plus silencieuses. Certaines scènes m’ont bien plus touché que je ne l’aurais imaginé dans un thriller.
J’ai également beaucoup apprécié les personnages. Ils ne sont pas uniquement définis par leur fonction dans l’intrigue. Certains prennent progressivement une épaisseur que je n’avais pas forcément anticipée. Même parmi les personnages secondaires, plusieurs ont réussi à me surprendre ou à remettre en question la manière dont je les avais perçus jusque-là.
Le roman joue d’ailleurs beaucoup avec nos propres préjugés et nos interprétations, parfois avec beaucoup d’efficacité. Ainsi, il m’a fait réfléchir à la famille, à la parentalité, à la loyauté ou encore à la confiance.
Mon principal bémol concerne en revanche la lisibilité de toute la partie consacrée aux différents réseaux criminels. Il y a beaucoup de personnages, de groupes, de ramifications, d’alliances et de rapports de force à retenir. J’ai donc parfois eu du mal à savoir précisément qui travaillait pour qui. Une partie de cette confusion finit par prendre sens à mesure que les différentes pièces s’assemblent. Malgré tout, j’aurais aimé que cette cartographie soit un peu plus facile à suivre au cours de la lecture.
Mais qui fabrique réellement le mal ?
Heureusement, cela ne m’a pas empêchée d’être complètement embarquée. Au contraire, plus j’avançais, plus j’avais envie de comprendre comment toutes ces intrigues allaient finir par se rejoindre. J’ai particulièrement apprécié cette sensation, dans la dernière partie, de voir progressivement des éléments qui semblaient indépendants se mettre à leur bonne place à un niveau bien plus large que celui auquel je m’attendais.
Enfin, le titre a pris de plus en plus de sens au fil de ma lecture. Cette idée de « fabrique du mal » ne se résume pas à la recherche d’un grand méchant que l’on pourrait identifier et arrêter pour résoudre le problème. Le roman interroge plutôt les mécanismes qui permettent à la violence de naître, de se transmettre, de se structurer et de se reproduire.
Qui fabrique qui ? Quelle part appartient à l’individu, à son environnement, aux organisations qui exploitent ses failles ou à la société ? Là encore, j’ai apprécié que la réponse ne soit jamais confortable et tranchées.
C’est donc une très bonne lecture, aussi addictive dans sa construction que stimulante dans les réflexions qu’elle provoque. J’aurais simplement aimé davantage de clarté dans les ramifications criminelles pour vraiment comprendre l’ensemble sans avoir l’impression de devoir dessiner un organigramme à côté de mon livre ! Mais j’ai adoré le rythme, les personnages, les thématiques et le fait de traiter des sujets complexes, le tout en usant d’énormément de nuance. La fabrique du mal aura clairement marqué ma sélection du Festival Sans Nom.
Le Prix du Festival sans Nom 2026
Les romans lus dans le cadre du Prix du Festival Sans Nom 2026 en tant que jurée :
