Les petites reines à Leipzig au Mendelssohn Haus

Résumé

À cause de leur physique ingrat, Mireille, Astrid et Hakima ont gagné le « concours de boudins » de leur collège de Bourg-en-Bresse. Les trois découvrent alors que leurs destins s’entrecroisent en une date et un lieu précis : Paris, l’Élysée, le 14 juillet. L’été des « trois Boudins » est donc tout tracé : destination la fameuse garden-party de l’Élysée !!! Et tant qu’à monter à Paris, autant le faire à vélo – comme vendeuses ambulantes de boudin, tiens ! Ce qu’elles n’avaient pas prévu, c’est que leur périple attire l’attention des médias… jusqu’à ce qu’elles deviennent célèbres !!! Entre galères, disputes, rigolades et remises en question, les trois filles dévalent les routes de France, dévorent ses fromages, s’invitent dans ses châteaux et ses bals au fil de leur odyssée. En vie, vraiment.

Les petites reines : dix ans dans ma PAL

J’ai commencé Les petites reines en audio presque par hasard, simplement pour accompagner ce que j’étais en train de faire, et j’ai immédiatement été happée. L’interprétation de Rachel Arditi est absolument délicieuse : elle fait dégouliner tout le sarcasme de Mireille et rend l’écriture déjà très drôle de Clémentine Beauvais encore plus savoureuse. J’ai finalement basculé sur mon exemplaire papier, qui attendait dans ma PAL depuis sa sortie chez France Loisirs il y a environ dix ans, simplement parce que je lis beaucoup plus vite que je n’écoute.

J’ai immédiatement adoré Mireille et son humour, mais j’ai aussi complètement adopté Astrid. Notamment lorsqu’elle joue à Airport Manager, alors que mon jeu de l’été est Waterpark Simulator. J’ai beaucoup aimé les trois filles et leur dynamique, ainsi que Kader, dont le handicap permet d’explorer autrement l’un des grands thèmes du roman : le regard que les autres posent sur nos corps.

Derrière l’humour, j’ai d’ailleurs trouvé le roman beaucoup plus politique et engagé qu’il n’en a l’air. Clémentine Beauvais parle de grossophobie, de harcèlement, de racisme, de handicap, de normes de beauté et de violence sur les réseaux sociaux sans transformer son histoire en démonstration. Certains éléments font évidemment sentir les années 2010 : les forums utilisés pour préparer leur trajet à vélo ou encore une référence à Madmoizelle, qui m’a particulièrement émue. Les petites reines est ainsi devenu malgré lui une petite capsule temporelle de l’Internet que j’ai connu.

"Tu sais, Hakima, tu devrais prendre de l'Advil, toute ta vie tu prendras de l'Advil à cause des règles, des maux de tête, on a presque toujours mal quelque part, c'est très chiant d'être une meuf."

Des adolescentes, des corps et le regard des autres

J’ai beaucoup aimé le réalisme du rapport des filles à leur corps. Elles ont parfaitement intégré la manière dont les autres les catégorisent et peuvent se trouver jolies après avoir été relookées tout en continuant à complexer sur leur poids. Elles restent gênées lorsqu’elles se baignent ou que leurs vêtements trempés leur collent au corps. Il n’y a jamais de transformation magique où un peu de maquillage suffirait à effacer des années de complexes.

Et surtout, Beauvais les laisse être réellement adolescentes. Mireille boit en cachette pendant un bal et finit bourrée comme une gamine qui découvre l’alcool. Hakima a ses premières règles pendant le voyage, avec la douleur, la gêne et la logistique que cela implique. Elles peuvent être brillantes, courageuses et parfois parfaitement idiotes. J’ai aussi été rassurée par le traitement du crush de Mireille, quinze ans, sur Kader, vingt-six ans : il devient progressivement une véritable personne.

Le traitement de Malo m’a également beaucoup plu. Lorsqu’on tente d’expliquer son comportement par son histoire personnelle, j’ai immédiatement craint que le roman cherche à excuser le harceleur. Mais Mireille ne prend jamais en charge sa rédemption. Même lorsqu’elle fait preuve de clémence, elle le fait parce qu’elle estime que c’est dans son propre intérêt. Et Beauvais va jusqu’à interpeller le lecteur sur ce qu’il aurait fait à sa place, sans imposer une réponse morale toute faite.

La version poche J'ai lu du roman Les petites reines

Le vélo comme salut

Le voyage a fini par énormément compter dans ma lecture. Bourg-en-Bresse, Mâcon, Cluny, Sancerre, Briare, Fontainebleau, Choisy-le-Roi, puis Paris : c’est un véritable petit périple à travers la France. J’ai particulièrement aimé le contraste entre la province, où les gens s’arrêtent, parlent avec elles et partagent des moments, et Paris, où elles deviennent soudain presque invisibles au milieu de la foule.

Mais ce qui m’a probablement le plus touchée est l’évolution extrêmement discrète du rapport au physique des trois filles. Au début, leur apparence occupe tout le récit parce que le regard des autres l’a placée au centre de leur existence. Puis, doucement, presque sans que je m’en rende compte, on n’en parle plus. Leur vie devient simplement beaucoup plus grande que cette question.

Et surtout, ce sont trois filles obèses dont les corps sont capables. Elles parcourent des centaines de kilomètres à vélo, pédalent sous la pluie, tractent une carriole, encaissent la fatigue et continuent d’avancer. Leur gras ne les empêche pas de réaliser quelque chose de physiquement extraordinaire. Les corps que les autres avaient réduits à leur apparence deviennent ceux qui les portent jusqu’à Paris.

À la fin, le vélo est devenu leur salut. Elles étaient parties pour atteindre Paris pour des raisons différentes, mais le voyage les transforme toutes. C’est un très joli périple initiatique qui m’a fait énormément rire avant de m’amener aux dernières lignes avec les yeux complètement embués. J’ai attendu beaucoup trop longtemps avant de sortir Les petites reines de ma PAL : c’était beau, intelligent, drôle et engagé sans jamais devenir démonstratif. Il ne lui manque finalement que les grosses larmes incontrôlables pour atteindre mon 20. Une lecture parfaite pour clôturer l’été des vacances, avant de faire place au prochain chapitre.

Clémentine Beauvais sur le blog :

Mes avis sur les autres romans de l’autrice :

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