La RDA en chansons : vous quittez le secteur américain ! Enfin, un peu. Photo prise en 2019 à Berlin au Checkpoint Charlie

Quand la RDA n’était pas encore un sujet conscient

En travaillant sur mon projet autour de la RDA, j’ai eu une longue discussion avec ma maman. Née à la fin des années 60, elle a grandi en Alsace, dans une famille très germanophone, sans jamais avoir reçu d’éducation particulière sur la République démocratique allemande, ni à l’école, ni à la maison. Pourtant, son père travaillait en Allemagne.

Elle était abonnée à Bravo et à Popcorn, deux magazines jeunesse qui parlaient abondamment de musique et donnaient la parole aux artistes allemands, qu’ils viennent de l’Est ou de l’Ouest, sans distinction particulière. Nina Hagen ou Udo Lindenberg y apparaissaient régulièrement. Sans distinction de frontière. Ils faisaient simplement partie du paysage culturel. Avec le recul, cette absence de cadrage politique dit beaucoup de choses. La RDA existait, bien sûr, mais elle n’était pas toujours un sujet conscient. La musique circulait librement. C’est de cette réflexion qu’est née l’envie de raconter la RDA en chansons.

Wind of Change – Scorpions

Impossible de ne pas ouvrir cette exploration de la RDA en chansons avec Wind of Change. Même si elle est devenue un cliché, elle reste indissociable de la chute du Mur et de la fin d’un monde. Ce qui la rend intéressante, c’est justement son statut de chanson “après coup” : elle accompagne un événement historique que beaucoup n’ont compris qu’une fois qu’il avait eu lieu.

99 Luftballons – Nena

99 Luftballons est sans doute la chanson la plus personnelle de cette liste. J’ai grandi avec elle, et l’année dernière, je suis allée voir Nena en concert avec ma mère. Elle attendait ce moment depuis plus de quarante ans. Derrière son apparente légèreté pop, la chanson parle de guerre froide, de peur nucléaire et de menace, sans jamais adopter un discours frontal.

Du hast den Farbfilm vergessen – Nina Hagen

Sortie en 1974, Du hast den Farbfilm vergessen est l’un des plus grands tubes de la RDA. En apparence anodine, la chanson joue sur un double niveau de lecture : un reproche amoureux, mais aussi une critique subtile d’un monde gris, privé de couleurs et de liberté. C’est un exemple parfait de la manière dont la contestation pouvait s’exprimer sans jamais être explicitement politique.

Sonderzug nach Pankow – Udo Lindenberg

Avec Sonderzug nach Pankow, Udo Lindenberg proteste ouvertement contre l’interdiction qui lui est faite de se produire en RDA, une décision liée à Erich Honecker. Ironique et provocante, la chanson témoigne de cette frontière culturelle que le pouvoir politique tentait encore de maintenir.

Über sieben Brücken musst du gehn – Karat

À l’origine interprétée par Karat, cette chanson connaît un immense succès lorsqu’elle est reprise par Peter Maffay dans les années 80. Elle incarne parfaitement la circulation culturelle entre l’Est et l’Ouest et reste aujourd’hui l’un des titres allemands les plus connus, toutes générations confondues.

Alt wie ein Baum – Puhdys

Avec plus de quatorze millions d’écoutes sur Spotify, Alt wie ein Baum est encore aujourd’hui l’un des titres les plus populaires des Puhdys. La chanson évoque le temps qui passe, l’enracinement et le désir de durer, sans discours politique explicite, mais avec une profondeur qui explique sa longévité.

Am Fenster – City

Mélancolique et hypnotique, Am Fenster est souvent citée comme l’une des chansons les plus emblématiques de la RDA. Elle accompagne parfaitement les récits de jeunesse, d’errance et de désillusion que l’on retrouve dans de nombreuses œuvres littéraires est-allemandes.

Verlorene Kinder – Silly

Avec Verlorene Kinder, mais aussi SOS, Alle gegen einen ou Alles wird besser, Silly propose une critique beaucoup plus frontale de la RDA. Les textes parlent de perte, de violence symbolique et d’enfermement, donnant une voix à une jeunesse désabusée.

Heroes – David Bowie

Même s’il n’est pas allemand, David Bowie est indissociable de Berlin. Heroes, enregistrée face au Mur, rappelle que la ville était aussi un lieu de création et d’attraction artistique, malgré la division. Sa présence s’inscrit pleinement dans une réflexion sur la RDA en chansons, par contraste et par proximité géographique. Aujourd’hui on connait la chanson de Christiane F., Le Monde de Charlie ou encore plus récemment du final de Stranger Things, mais elle s’inscrit initialement pleinement dans l’histoire allemande. 

Irgendwas - Yvonne Catterfeld ft. Bengio

Yvonne Catterfeld n’a pas de chanson directement consacrée à la RDA, mais son travail s’inscrit dans une démarche mémorielle forte. Fille de la RDA, elle revendique publiquement cet héritage, notamment à travers le film Sputnik, et ses prises de parole sur son enfance est-allemande (même si là c’est dans la Bild Zeitung, on en pense ce qu’on veut).

Deutschland – Rammstein

Avec Deutschland, Rammstein propose une relecture brutale et dérangeante de l’histoire allemande. La RDA n’y est qu’un fragment, mais elle s’inscrit dans une continuité historique complexe, faite de ruptures, de mémoire et de contradictions. J’ai trouvé cette vidéo explicative en anglais de Three Arrows très intéressante. 

Der Traum ist aus – Rio Reiser

En octobre 1988, Rio Reiser interprète Der Traum ist aus à Berlin-Est lors d’un concert organisé par la SED, destiné à calmer le mécontentement de la jeunesse après un concert venu de RFA qui avait suscité une forte frustration. Le choix de cette chanson est tout sauf anodin. Derrière son apparente mélancolie, elle exprime une désillusion profonde, qui dépasse la seule critique de la RDA. Par la suite, Rio Reiser se montrera très critique envers la réunification, qu’il perçoit comme une absorption brutale de la RDA par l’État capitaliste ouest-allemand, au détriment des idéaux sociaux et des trajectoires individuelles. Sa position rappelle que la fin de la RDA n’a pas été vécue comme une libération simple et unanime.

Une autre manière de lire l’histoire

Cette playlist autour de la RDA en chansons n’a pas vocation à être exhaustive ni chronologique. Elle accompagne mon projet comme une autre manière de lire l’histoire, par la musique, la mémoire intime et ce qui circulait déjà, parfois sans que l’on en ait pleinement conscience. Et pour se plonger d’avantage dans une playlist allemande, qui n’a rien à voir avec la RDA mais qui contient certaines des chansons de ma playlist, je vous conseille cette vidéo de Feli From Germany. Elle est en anglais, d’ailleurs ! Elle explique par exemple pourquoi Wind of Change est tant connue à l’internationale. Et personnellement, j’ai appris l’origine de plusieurs chansons ! 

Dans la série RDA :

Cet article s’inscrit dans mon projet annuel autour de la RDA. En 2026, j’explore la République démocratique allemande à travers des livres, des films, de la musique et des récits personnels, pour mieux comprendre cette période et la manière dont elle continue de résonner aujourd’hui.

👉 Retrouvez tous les articles liés à ce projet dans la catégorie RDA.

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