Le rêve de l'Okapi - photo publiée sur Instagram en 2010

Résumé

Un petit village se réveille sur un mauvais augure : Selma a rêvé d’un okapi. Or, chaque fois que Selma rêve de cet animal étrange – un mélange entre la girafe, le zèbre, le tapir et le cerf –, quelqu’un meurt le jour suivant. Sa petite-fille, Luise, observe avec son meilleur ami Martin la façon dont tout le monde prend ses dispositions, en prévision du pire. Il y a l’opticien, secrètement amoureux de Selma, qui s’apprête à enfin déclarer sa flamme ; Elsbeth, la belle-sœur de Selma, qui préfère avouer ses secrets ; Peter, le père de Luise, qui veut partir découvrir le monde, sur les conseils de son psy, tandis que sa femme se demande depuis cinq ans si elle devrait le quitter. Mais personne ne pouvait anticiper la tragédie qui allait les frapper…

Une très belle découverte de la littérature allemande

J’ai découvert Le rêve de l’Okapi dans le cadre d’un service de presse des éditions JC Lattès en 2019. En voyant qu’elles publiaient le lauréat du Prix des libraires allemands, ma curiosité a immédiatement été piquée. Il faut dire que j’ai toujours une relation particulière avec la littérature allemande. Travaillant en Allemagne, je suis quotidiennement confrontée à cette langue et à ses interminables phrases. Lorsque je rédige un mail professionnel, j’ai souvent l’impression d’écrire un essai ! Forcément, cela influence aussi mon ressenti de lecture. Pourtant, je reste toujours curieuse de découvrir les auteur.ices d’outre-Rhin. Et cette fois, la curiosité a largement été récompensée. Malgré un style fidèle à cette tradition de longues phrases, Le rêve de l’Okapi possède une douceur qui en fait le compagnon idéal d’un dimanche ensoleillé, une tasse de thé à la main.

"Les aéroports grouillent de vérités enfouies désireuses de surgir à la toute dernière minute. On y voit partout des gens s’enlacer une dernière fois, et j’espérai qu’ils le faisaient parce qu’avait surgi une vérité bien moins cruelle et effrayante que prévu. Mais peut-être les gens s’enlacent-ils le plus fort possible pour empêcher la vérité cachée de se révéler et de propager à la toute dernière minute puanteur et tapage."

Un village où chaque personnage trouve sa place

La véritable force du roman réside dans ses personnages. Luise m’a profondément touchée. Derrière son apparente simplicité se cache une jeune femme qui traverse les épreuves avec beaucoup de sensibilité. À ses côtés, sa grand-mère Selma est absolument inoubliable. Chaque fois qu’elle rêve d’un okapi, tout le village est persuadé qu’une personne va mourir dans les vingt-quatre heures. Cette croyance donne naissance à une galerie de personnages hauts en couleur, tous confrontés à leurs peurs, à leurs regrets ou à leurs espoirs. J’ai aussi énormément aimé l’opticien, véritable figure de grand-père bienveillant, ainsi que Martin, le moine et tous les habitants de ce petit village. Mariana Leky parvient à donner de l’épaisseur à chacun d’eux. À la fin de ma lecture, j’avais réellement l’impression de quitter une famille dont j’avais partagé le quotidien.

Une histoire qui fait rire autant qu'elle bouleverse

Ce qui m’a le plus marquée dans Le rêve de l’Okapi, c’est son incroyable équilibre émotionnel. Mariana Leky passe avec beaucoup de naturel de scènes profondément drôles à des moments d’une grande délicatesse. Je me suis surprise à rire toute seule devant certains dialogues avant d’être, quelques pages plus loin, profondément émue par l’injustice de certaines situations. Lorsque l’on s’attache autant aux personnages, leurs joies deviennent les nôtres, tout comme leurs blessures. Je garderai volontairement le silence sur la nature des larmes que ce roman m’a arrachées. Ce serait lui retirer une partie de sa magie. Une chose est certaine en revanche : Le rêve de l’Okapi est un roman profondément humain. Si vous appréciez la littérature allemande, ou si vous souhaitez simplement découvrir une histoire pleine de tendresse, d’humour et d’émotion, alors cette lecture mérite largement sa place dans votre bibliothèque.

Cette chronique a été publiée sur mon ancien blog en 2019 et retravaillé 

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