Der Himmer über Berlin, Les ailes du désir en VF
Résumé
Deux anges, Daniel et Cassiel, descendent du ciel à Berlin. Ils peuvent côtoyer les humains sans être vus… Ils rencontrent un ancien ange devenu humain qui peut sentir leur présence et leur communique sa foi dans l’humanité. Daniel fait une autre rencontre qui sera pour lui décisive puisqu’il tombe amoureux…
Berlin avant la chute du mur
Les ailes du désir est souvent présenté comme un incontournable du cinéma allemand. Sorti en 1987, le film de Wim Wenders (boycotté depuis ses propos à la Berlinale 2026) s’inscrit parfaitement dans mon projet RDA puisqu’il se déroule dans un Berlin encore divisé. Dès les premières images, le ton est donné. Les anges observent les Berlinois depuis le ciel et entendent leurs pensées. Il n’y a ni action ni suspense. Le film contemple et écoute. Ce parti pris artistique explique sans doute son succès à Cannes.
Pour ma part, ce n’est pas l’aspect récompensé qui m’a le plus intéressée. J’ai surtout regardé Les ailes du désir comme une archive visuelle. Les vêtements, les intérieurs, les radios allumées, les livres feuilletés à la Staatsbibliothek. Un grand-père longe le mur et superpose ses souvenirs de guerre à la ville de 1987. Potsdamer Platz apparaît coupée en deux… Bref, on sent que les générations âgées ont connu un Berlin unifié avant les fractures successives post-guerre.
Un film - trop - contemplatif
Le film est majoritairement en noir et blanc. Cela symbolise le regard des anges. Les rares scènes en couleurs appartiennent aux humains. J’ai trouvé cette idée intéressante, mais j’ai parfois eu besoin d’internet pour en saisir toutes les nuances. En plus, le rythme est extrêmement lent. Ça chuchote, ça pense, ça observe… Je mentirais si je disais que je n’ai pas regardé mon téléphone plus de la moitié du film. Aujourd’hui, notre capacité d’attention n’est plus la même, aussi. Nous attendons du mouvement, de l’émotion rapide, couplé d’une accroche immédiate.
Ici, il faut accepter le silence. Or, ce silence m’a parfois pesé. La musique est quasi absente, hormis la présence de Nick Cave and the Bad Seeds, apparemment emblématique du Berlin underground des années 80. J’aurais aimé être davantage portée par une bande-son, finalement. À certains moments, j’avais envie d’accélérer la lecture. Et pourtant, je le regardais dans une démarche culturelle assumée.
Une photographie humaine de Berlin
Malgré mes réserves, Les ailes du désir m’a offert ce que je cherchais. Une photographie des Berlinois avant la chute du mur. On longe les tours de garde et on passe dans le Todesstreifen durant une scène qui marque. On comprend immédiatement si l’on est à l’Ouest ou à l’Est, par l’abondance ou l’absence de publicités, par les voitures, et par tous ces détails du quotidien. Mais le film ne compartimente pas les êtres humains. Les Berlinois restent des Berlinois. On entend des pensées dans différentes langues. On voit les terrains vagues, les tags, les cigarettes partagées, les intérieurs modestes. Berlin n’est pas figée dans une image politique, au fond.
En février, alors qu’il neige dans le film, j’ai regardé Les ailes du désir comme une porte d’entrée symbolique dans ce projet. Il ne s’agit pas d’un coup de cœur, très loin de là. Certains y verront de la poésie, d’autres de l’ennui. Je me situe entre les deux. En revanche, en comparant ce Berlin de 1987 à celui que j’ai découvert en 2019, le contraste est saisissant. Et pour cette archive cinématographique, l’expérience en valait la peine, tout de même.
Dans la série RDA :
Cet article s’inscrit dans mon projet annuel autour de la RDA. En 2026, j’explore la République démocratique allemande à travers des livres, des films, de la musique et des récits personnels, pour mieux comprendre cette période et la manière dont elle continue de résonner aujourd’hui.
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